Berthe Borel. La prison pour récompense

On peut débuter modestement une carrière de malfaiteur en volant quelques poules et la conclure après avoir soutiré près de 250 millions de franc aux compagnies d’assurance. Avant quand même d’aller tâter de la prison, la supercherie éventée. Tel est le cas, pittoresque il faut bien l’écrire, de Berthe Borel dont le road movie d’escroc à travers la France est sans aucun doute unique dans les annales judiciaires françaises.

Une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. Aux commandes, une mère de famille qui grandit dans la petite délinquance avant de devenir chef de bande dans la région de Clermont-Ferrand. Son business : repérer dans toute la France, grâce à des agents de renseignements essaimés sur tout le territoire, les victimes potentielles d’accident et escroquer les compagnies d’assurance en montant un service de contentieux clandestin.

Outre des notions de médecine apprises sur le tas et rompue aux mécanismes des assurances, Berthe Borel possède surtout un bagou propre à convaincre le plus récalcitrant des experts en assurances. Se disant tantôt guérisseuse, tantôt infirmière, tantôt assistante sociale, la fausse conseillère se déplace en ambulance conduite par son mari vêtu d’une blouse blanche. Dès qu’un accidenté leur est signalé, notre couple prend la route, frappe à la porte de la victime et tente de la convaincre de s’occuper de ses intérêts. En l’occurrence, un dédommagement pour incapacité définitive suite à l’accident survenu. Et, à la clef, une somme rondelette que la victime, bien sûr, devra partager à parts égales avec Berthe Borel. A cette dernière de monter le stratagème et d’apprendre à la victime à simuler une surdité, un traumatisme crânien ou des douleurs dans le dos et le tour est joué.

Chaque visite ne réussit pas à convaincre leurs clients potentiels. Mais pour ceux ou celles qui se lancent dans cette escroquerie, c’est jack pot ! A l’exemple d’une tribu de gitans qui réussit, pour deux invalidités permanentes à 100%, à toucher 7,5 et 12 millions de francs, Berthe Borel se payant au passage de cinq millions de francs d’honoraires.

Une poule aux œufs d’or que les compagnies d’assurance, intriguées par ces infirmes lesquels, le pactole touché, guérissaient miraculeusement, finissent par dénicher la supercherie. Contre-expertises et aveux ont raison, en 1959, après plusieurs années d’escroquerie, de l’entreprise de Berthe Borel alors que le couple, comble de malchance, le bas de laine bien rempli, prévoit de se retirer des affaires pour prendre un bar à Villejuif et vivre enfin honnêtement.

Le procès se déroule le 13 avril 1961 à Clermont-Ferrand. Coup de théâtre ! Berthe Borel s’est fait porter pâle. Une soudaine et soi-disant paralysie des deux jambes l’empêche de se déplacer. Le président du Tribunal n’est pas dupe et l’oblige à se présenter devant ses juges après une expertise médicale qui conclue à la maladie imaginaire.

Avec, désormais, l’assurance, tous risques payés, de passer quelques années à l’ombre !

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