La complainte de Vezins. 1933

Dans un fort accès de colère

A la commune de Vezins

Deux habitants de cette terre

Ont tué trois de leurs voisins

Cet acte sanglant est des plus navrants

Ah ! que notre époque a de rage

Pour des mots on prend le fusil

Et la mort frappant ce courage

Font des orphelins tout petits

Hurler démons de la furie

Détraqué les cerveaux humains

Pour violenter la douce vie

Qui souriant tend les deux mains

Le cœur ulcéré, tout chaviré

?????????? la douceur régnait par la foi

Et bien rare était un délire

Qui cause un affreux désarroi

Oh ! Gens de la contrée entière

Rodez et Millau, Sévérac

Saint-Amans, Bozouls, Sauveterre

Laissac, Espalion, Campagnac

Et Salles-Curan, Cassagnes et Nant

Oh Saint-Geniez, Saint-Affrique, Pont-de-Salars et Saint-Chély

Craignez tous les suites tragiques

D’un sanglant courroux qui maudit

Paroles. André Dusastre

En 1933, à Delpeillous, près de Vezins, deux clans farouches, les Costecalde et les Bonnaterre, se disputent depuis des années. De vétilles stupides en discussions vieilles d’un lustre, les relations s’étaient envenimées à propos de la vente d’une exploitation convoitée par les deux familles. Jusqu’à ce jour du 3 mai 1933 où, après une rude journée de labeur et un solide repas bien arrosé, les Bonnaterre aperçoivent soudain un panache d’étincelles provenant du fenil. Aussitôt, ils se précipitent, la rage au ventre, accusant les Costecalde d’avoir mis le feu.

« Nos fusils… Vite ! Ça va leur coûter cher ! »

Tandis que le père Bonnaterre tente de circonscrire le foyer déjà incandescent, ses deux fils se lancent à la poursuite de leurs ennemis.

« Tire, fils ! Nous allons tuer tous ces goujats ! »

Costecalde s’effondre le premier, raide mort. Un nouvelle salve claque. Lucien Salomon tombe à son tour. Les Bonnaterre n’ont plus de balles dans leurs fusils. Qu’importe ! Il continue leur chasse à l’homme ! Le père sort de sa poche un vieux revolver. Campels voit sa main et son avant-bras fracassés. Du sang coule de son ventre. Le cousin Pons a plus de chance. Il s’échappe comme un fou à travers champs, profitant de la nuit, jusqu’à Vezins où il donne l’alerte.

Au milieu de la nuit, les gendarmes se rendent sur les lieux de la tuerie. C’est là qu’ils butent sur un grand diable dépenaillé, éclaboussé de sang et noir de poudre.

« Je viens porter plainte contre les Costecalde !

– Qui es-tu ?

– Je suis Élie Bonnaterre. La bande Costecalde a tenté, ce soir, d’incendier notre ferme. Nous avons dû tirer le fusil ! »

Les gendarmes demeurent ébahis !

Arrêtés, les trois hommes s’en tiennent à leur haine farouche :

« Nous n’avons fait que défendre notre bien ! »

La cour d’assises de l’Aveyron condamnera Elie Bonnaterre aux travaux forcés à perpétuité. Son frère Louis sera confié à une maison de rééducation. Elie mourra à Cayenne en 1936.

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