Deux jeunes monstres.1946

Rentrant chez eux comme de coutume, de bons et braves paysans
Découvraient dans la demi-brume, le corps encore tout sanglant
D’une enfant meurtrie, étendue sans vie
Comprenant le terrible drame devant un présent si affreux
Ils donnèrent aussitôt l’alarme sur ce crime triste et crapuleux
Après une enquête sévère faite par la gendarmerie
Les criminels de cette affaire sont deux enfants qui l’ont commis
Ils ont avoué, qu’ils avaient tué
Sourds aux cris de la pauvre fillette, les deux monstres étaient déchaînés
Et tous les deux perdant la tête l’ont salie et l’ont torturée
Les deux assassins assistèrent aux obsèques de la pauvre enfant
Coudoyant le père et la mère qui se traînaient péniblement,
Vaincus par la douleur, quel affreux malheur
Leur enfant, leur enfant chérie par un criminel coup du sort
Leur était, leur était ravie, et deux monstres étaient sans remords
Les criminels ont quinze ans d’âge et la pauvrette avait sept ans
Et l’amenant loin du village, elle suivit bien gentiment
Les deux assassins crapules d’instinct.
Et depuis ce jour, la pauvrette ne devait plus revoir le jour
Carcenac-Peyralès en tête, ont gravé regret pour toujours.
Papas mamans que cette affaire soit pour vous une leçon
Pensez à la mère et au père de la pauvre et jeune Suzon
Qui avait suivi ces jeunes bandits.
Tout le village pleure et porte le deuil de Suzanne Lutran
Petit ange que la mort emporte soit pour tous, un avertissement.
Paroles. Inconnu – Air de la Paimpolaise
La petite Suzette Lutran, sept ans et demi, disparaît le dimanche 27 janvier vers 20 h 10, heure à laquelle ses proches se rappellent l’avoir vue pour la dernière fois. Toute la nuit et toute la matinée du lundi, les recherches se multiplient autour de Carcenac-Peyralès. Mais ce n’est que le soir, vers 16 h 30, qu’on découvre son petit corps, portant de nombreuses plaies à la tête, dans un champ situé à deux cents mètres de la maison familiale.
Le crime est horrible et met en émoi toute la commune. Il faut une semaine pour retrouver les coupables, deux gamins de quinze ans et demi et quatorze ans, Pepito B. et Pierre V., tous deux habitants de Carcenac-Peyralès et connaissant bien la victime.
Ils avouent être sortis du bal donné à l’hôtel Lutran, dirigé par le père de Suzette, et avoir rencontré la fillette qu’ils prennent par la main comme deux gentils camarades. Suzette les suit sans méfiance dans un champ tout proche. Jusqu’au moment où Pepito veut la violenter pour abuser d’elle. La gamine s’échappe mais est vite rattrapée et jetée à terre. La suite est horrible. B. se déchaîne sur elle avec un caillou. V. affirme qu’il n’a pas frappé.
Leur forfait accompli, tous les deux rentrent à leur domicile respectif avant de revenir danser comme si de rien n’était.
Le lendemain, comble de la perversion, ils participent aux recherches entreprises et Pepito B. retourne même sur le lieu de son crime. Face à un tel acte, le Rouergue Républicain pose la question des causes qui ont pu pousser deux gamins à assassiner la petite Suzette : « Quelle a été l’éducation familiale reçue par ses deux gamins ? Quelle hérédité, plus ou moins chargée, traînent-ils avec eux ? Dans quelle mesure la marche désordonnée et désaxée de la société actuelle a exacerbé leurs tendances profondes ? »
Le mardi 25 mars 1947, Pepito B. et Pierre V. sont jugés à huis clos par le tribunal pour enfants. Défendus par Mes Maisonabe et Boscary-Monsservin, les deux accusés sont condamnés à quinze ans de prison et dix ans d’interdiction de séjour assorties de cent cinquante mille francs de dommages et intérêts envers la partie civile, représentée par Me Marre.


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