Complainte du curé Boudes.1889
Venez écouter, cœurs sensibles, Certains d’entr’eux perdant la vie
Les forfaits d’un grand scélérat Maudit à l’heure de la mort.
Qui, malgré soutane et rabat, Bien jeune encor, quel triste sort !
A fait des actions horribles. Son assassin, quelle infamie !
Tout en foulant aux pieds l’honneur, Qui par d’impurs attouchements,
Il respectait peu la pudeur. Dans le tombeau le met céans.

Boudes, prêtre infâme et cynique, Partout il marque son passage,
Se livre impudemment au vol, Par des méfaits les plus honteux ;
Il fait des faux, commet le viol. Des crimes les plus odieux.
Sur lui la vindicte publique, Sans remords il en fait usage,
Au nom de la société, Mais on finit par se lasser,
Réclame la sévérité. Enfin on le fit arrêter.
Avec son air tout débonnaire, Conduit par la gendarmerie,
Ayant dans son sein un cœur faux, Incarcéré dans la prison,
Et sans prévoir de si grands maux, Quoiqu’il eût sa pleine raison,
Il fut admis au séminaire. Cherche à simuler la folie.
Mais plusieurs vols ayant commis, Comme il fallait s’en méfier,
Soudain à la porte il fut mis. Il fut conduit à Montpellier.
Boudes se fit ordonner prêtre, Aux aliénés, l’hypocrite,
Par un évêque Italien, Continue à faire le fou ;
On pensait qu’il ferait le bien, Et ce détestable grigou
Hypocrite, il agit en traître ; Trop libre, hélas, il prit la fuite.
S’adonne à la cupidité, Ce qui prouve pertinemment,
Surtout à la lubricité. Qu’il raisonnait parfaitement.
Avec son caractère fourbe, Et pour dépister la justice,
Il sut obtenir d’un prélat, Le monstre se dit Alsacien ;
De Viviez le vicariat Il change de nom bel et bien,
Sous le poids du vice il se courbe, Et donne cours à son caprice.
Et ne craint pas, le scélérat, Mendiant, il court le pays,
De commettre maint attentat. Craignant toujours d’être surpris.
Sur des enfants, pauvres victimes ! Enfin, accablé de misère,
Il assouvit ses passions ; Un bon et brave métayer
Que ce soit filles ou garçons, Prend sous son toit hospitalier
Tout sert d’instrument à ses crimes. Ce vil gredin, qu’il considère
C’est un démon sorti d’enfer, Comme un enfant de la maison,
Plus à craindre que Lucifer. S’y confie avec abandon.
A l’Institut Sainte-Marie Là sont dévoilés tous ses crimes,
Il entre comme professeur. Commis jusqu’au confessionnal ;
Le respectable directeur, En homme pervers, déloyal
De l’intrus ignorant la vie, Il abusait de ses victimes.
Eut envers lui certain égard, Bravant la présence de Dieu,
Dont il se repentit plus tard. Le gueux profanait le saint lieu.
Mais d’une dame octogénaire Les défenseurs ont eu beau faire
Cherchant à capter tous les biens, Pour son innocence établir,
Faisant déshériter les siens, Ils n’ont du tout pu réussir ;
Dans son filet, le mercenaire, Contre Boudes la charge est claire.
Fut pris, arrêté de nouveau, Par un verdict affirmatif,
En prison mis le damoiseau. L’ont condamné, non sans motif.
Il comparaît en Cour d’assises, La Cour, prononçant la sentence,
Hué par le peuple indigné ; A la main, le Code pénal,
Il ne paraît pas résigné, Prononce cet arrêt fatal,
Ni repentant de ses sottises, Qui réjouit la foule immense ;
Car il répond arrogamment, C’est pour son immoralité
Même fallacieusement. Qu’il est à perpétuité.
Appliquez-vous, pères et mères,
A bien diriger vos enfants ;
Ils vous seront reconnaissants.
Au point d’honneur soyez sévères,
Vous ferez de bons citoyens,
Bons patriotes, vrais chrétiens.
Imprimerie Loup fils – Rodez – Air connu
Supplément au Courrier de l’Aveyron
Dans un département aussi catholique et pratiquant, l’affaire du curé Boudes a un énorme retentissement qui éclabousse jusqu’aux portes de l’évêché. Accusé de vols, d’escroqueries en tout genre et de viol sur mineure, le curé Boudes a joué la comédie de la religion et de la folie pour cacher ses crimes. La Justice le rattrape et le condamne aux travaux forcés à perpétuité. Il a alors tout le loisir de se repentir à Cayenne.


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