Henri Dilasser ! Dans la peau de l’escroc sans reproches
Il existe dans le monde de la supercherie, deux types d’escroc : le beau-parleur qui fascine par sa faconde, porte beau et fréquente les lieux mondains et le monsieur tout-le-monde, le plus pernicieux peut-être auquel, comme le dit l’expression, on donnerait le bon Dieu sans confession. Celui-là ne fréquente pas le grand monde, son champ d’action s’oriente uniquement vers la petite et moyenne bourgeoisie, de province en général. Discret et affable, il ne fait pas de la vantardise son fonds de commerce mais prête une oreille toujours attentive aux questions de ses clients.
Au début des années 1950, le meilleur exemple de ce portrait-robot de l’escroc a pour nom Henri Dilasser. Petit, râblé, la mise vestimentaire tirée à quatre épingles, ses grands yeux et son sourire bonhomme lui tiennent lieu d’honnêteté. A sa manière, l’homme est un séducteur qui sait se faire aimer. Alors, attention danger !
Dans les mois et les années qui suivent la Seconde guerre mondiale, la France de la IVe République amorce une lente reconstruction, aidée par le plan Marshall. Du pain béni aussi pour tous les trafiquants qui profitent du système. C’est là qu’apparaît Henri Dilasser. De lui, rien ne perce de sa vie passée hormis qu’il est né en 1908 à Athis-Mons ; qu’en 1950, âgé donc de 42 ans, il habite au 51, avenue Kléber, à Paris. Fonction : gérant d’immeubles. Un homme discret et sans histoires aux dires du voisinage. Le gros Henri a compris tout le parti à tirer du plan Marshall. A l’époque, les hôpitaux français manquent cruellement de matériels chirurgicaux. Son idée : importer des Etats-Unis des « poumons d’acier ». Première étape : créer une société, l’American X Ray Corporation, en 1947. Seconde étape : trouver des fonds nécessaires pour financer ce matériel. C’est alors que l’aigrefin et sa bonne mine entrent en jeu.
« Je suis à même, pérore-t-il, d’importer légalement du matériel chirurgical au titre du plan Marshall. L’affaire est sans risque, car les hôpitaux français sont des acheteurs certains et parce que les marchés sont obligatoirement contrôlés par l’Etat ; Il ne s’agit pas d’une spéculation mais d’une avance de fonds garantis par des contrats réguliers, avalisés par la Sécurité sociale et le ministère de la Santé publique. Tout ce que je demande c’est de fonder une société où vous aurez votre juste bénéfice. » Et pour finir de convaincre le pékin, Henri Dilasser brandit sous son nez un contrat à en-tête de la Sécurité sociale et du ministère (des faux bien sûr !) ainsi qu’une photo où sa bonne bouille côtoie à l’aéroport d’Orly des membres du cabinet du ministre de la Santé publique venus réceptionner le premier « poumon d’acier ».
En moins de deux années, écumant plusieurs départements, de la Normandie à la Côte d’Azur en passant par Paris, Dilasser réussit à berner 177 personnes dont une majorité de notaires. C’est que les intérêts perçus, autour de 10 %, sont juteux. Et pour Dilasser, le pactole est en or : autour de 400 millions de francs.
La combine aurait pu continuer si, à Fécamp, un malheureux notaire ne s’était suicidé en s’apercevant de la supercherie. Le temps à la police de remonter la piste et Henri Dilasser prend la tangente avec son complice Alexis Belozotski, en novembre 1950. Les limiers le croient à Nice, en Suisse ou à Madrid. Dilasser s’est en fait enfui au Venezuela où il est finalement arrêté à Caracas puis extradé vers la France au printemps 1951.
Ces créanciers se comptent alors par centaines lors du procès qui se déroule en juillet 1953. Clamant son innocence, arguant du fait qu’il a remboursé les prêteurs de la région de Fécamp, Dilasser est reconnu coupable d’escroquerie pour un préjudice de 225 millions de francs et condamné à 5 ans de prison et 500 000 milles francs d’amende.
Se ranger des affaires, pour un escroc, est un crève-cœur. Comme une seconde peau dont on a du mal à se débarrasser. En 1960, Henri Dilasser refait surface à la rubrique des faits divers, pour une affaire de banqueroute frauduleuse au profit d’une société, la Chimico-Metallor, qu’il a créée. 4 ans de prison et 5000 d’anciens francs ont-ils suffi à lui faire entendre raison ? Mystère car on perd ensuite sa trace.


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