La Maison de Celle qui peint
« Marcher contre les vents », voilà en résumé toute la philosophie de cette artiste décomplexée qui s’abandonne avec bonheur à la création sous toutes ses formes. « Elle est tout ! » s’émerveille son photographe et ami Bernard Consoloni et il suffit pour s’en persuader de visiter sa maison-atelier, d’une beauté éblouissante, qui vous attend au pays de Pagnol.

Danielle Jacqui est une femme inventive, entièrement au service de son imagination. « C’est l’œuvre qui commande et je suis prise dans l’obligation d’obéir à l’œuvre. » Sa créativité est foisonnante : à la fois peintre, céramiste, brodeuse et sculpteur, elle a su transformer sa maison en un musée extraordinaire depuis la façade bariolée jusqu’au moindre centimètre carré de son intérieur. Tout est décoré, habillé de coquillages, de poupées, de bas-reliefs, d’inscriptions hétéroclites, de boutons multicolores, dans un charmant désordre qui enchante le regard. Ne cherchez pas une quelconque ressemblance avec du déjà-vu. Aucune référence artistique ne s’applique ici. Danielle Jacqui préfère être associée à « l’outsider-art » plutôt qu’à « l’art brut », trop protectionniste à son goût, même si elle avoue avoir été charmée par le musée Tatin, visité en 1981. Tout est inventé et affranchi de tout académisme, de la « Neuve Invention » dans laquelle se reconnaissent les artistes qui naviguent entre « l’art brut » et « l’art contemporain ordinaire ». La personnalité attachante de l’artiste et son total engagement à son œuvre, « jusqu’à en mourir » nous confie-t-elle, s’ajoutent à son immense talent qui s’expose à l’occasion du festival d’art singulier d’Aubagne dont elle est l’instigatrice et qui connaît un succès international. La Belle Dame, qui avoue ses soixante-seize ans avec une certaine coquetterie, peaufine un nouveau projet en céramique sur lequel elle travaille depuis quatre ans : « le Monument Colossal Brut d’ORGANuGAMME », à l’entrée d’Aubagne. Et si cette ville n’est pas Barcelone, comme on se plaît à lui rappeler, « pourquoi ne pas en recueillir le souffle ? » rétorque-t-elle. Et c’est tellement vrai qu’il y a du Gaudi dans cette façon de tout donner, de tout inventer en grand comme si les rêves étaient inépuisables. Elle ajoute « que ce n’est pas violer les interdits que de tenter d’être inventifs, imaginatifs ». Après quelques heures passées dans sa maison, la Maison de Celle qui peint, vous saurez intimement qu’elle a superbement raison.

Département des Bouches-du-Rhône. Roquevaire. Une trentaine de kilomètres au nord de Marseille.


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