L’affaire Stavisky ou l’Empire d’Alexandre
Ses longs doigts tendus frémissent encore un instant, avant de se refermer brusquement en un poing poissé de sang, comme prêt à frapper…
Son œil torve, figé, regarde encore, au ras du plancher : devant lui, les pieds galbés du fauteuil, plus loin, adossée au mur la valise et tout prés de sa bouche entre-ouverte, des bottes de gendarme. Des mains lui parcourent le corps et retournent méthodiquement ses habits ; sans ménagement, comme s’il était déjà mort. Patience. Ce n’est plus qu’une question de temps.
Une longue respiration soulève tout son corps en libérant un râle intense et puis plus rien. Juste le vent vagissant sous la porte et ranimant un instant quelques cendres dans la cheminée. Dernières lueurs de vie.
Un pistolet automatique 6,35 attend à portée de sa main droite et à hauteur du crâne, troué sur le côté, une nappe de sang ne cesse de s’élargir.
Pas d’empressement à appeler une ambulance. On attend…
La porte s’entrouvre. Le commissaire opine du chef. Un photographe avec un long manteau gris, saupoudré de givre, entre pour faire des clichés de la scène.
Alexandre Stavisky est là allongé, agonisant dans un chalet à Chamonix avec des policiers qui semblent renifler autour de lui comme des chiens à la meute. L’assaut a été décidé par Paris sur un simple coup de fil, et ordonné ici, par le commissaire Charpentier en milieu d’après-midi. Un seul coup de feu a claqué dans l’air suspendu, glacé. Mortel.
Une fin digne d’un roman policier ou d’espionnage dans ce décor : un grand chalet de bois, à l’écart de Chamonix, avec des montagnes découpées qui se dressent comme un mur ou une immense mâchoire, à dévorer le ciel. Et la neige étouffant toute vie, comme un linceul.
Un bel endroit pour mourir, quelques heures plus tard, au matin du 9 janvier 1934 à l’hôpital de Chamonix…
« Suicide ou assassinat ? » titrera dans quelques heures la presse en apprenant sa mort. Le Canard enchaîné ne s’y trompera pas avec à la Une : « On a suicidé Stavisky » et plus loin : « Stavisky s’est suicidé d’une balle tirée à trois mètres ! »
Une mort suspecte et dérangeante, à faire vaciller dans quelques jours la France et son pouvoir en place, éclaboussant ministres, juges et députés.
Alexandre Stavisky mort reste toujours une menace vivante pour la République.
Comment un homme peut arriver à pareil tour de force ?
Qui est Alexandre Stavisky ?
C’est une longue histoire qui commence loin de la France, à Slobobka, en Ukraine, où Alexandre Stavisky nait le 20 novembre 1886. Mais fils d’un juif russe, il est contraint de quitter son pays avec sa famille à cause des persécutions. C’est l’exil, la fuite, avec ses grands yeux d’enfant de 12 ans perdus devant l’immensité des paysages qui se déroulent devant lui. Tout laisser derrière et réinventer une vie ailleurs, en France, à Paris où son père dentiste s’installe. C’est là, dans la capitale des années 1900, qu’Alexandre grandit, vite, mais mal, montrant très tôt une fascination pour l’argent, mais au-delà, la liberté qu’il permet.
Dès l’adolescence, le choix entre travailler ou gagner de l’argent est vite fait.
Alexandre déserte sans regret les cours du lycée Condorcet pour faire désormais « des affaires ». L’argent, une véritable obsession. Et pour cela, le jeune homme est prêt à tout, même à voler l’or de son père utilisé pour la fabrication des prothèses dentaires, et le revendre à des receleurs ou autres boutiquiers de la rue des Blancs-Manteaux. Le sens de la famille s’accommode mal avec celui des affaires. Le père ne portera pas plainte naturellement, mais que faire de ce fils qui échappe à toute autorité ? A toute moralité ?
Son carnet d’adresses s’étoffe rapidement de noms ou de surnoms échangés dans les arrières salles de cafés ou de tripots en tout genre, lieux habituels fréquentés par Alexandre. Costume trois pièces, cravate blanche à nœud fin et chapeau mou en feutre de laine, porté légèrement en avant pour la virée quotidienne au Concert Pacra, rue Beaumarchais : 50 centimes le bock et… un fauteuil. Il paraît plus âgé ; les femmes le remarquent. Et pour les plus mûres, il ne rechigne pas à 17 ans à faire le gigolo, docile et bienveillant, dans de nombreuses soirées mondaines, arrivés en limousine de luxe modèle Delaunay-Belleville, chauffeur en livrée et pour lui cigare de Cuba. Le plaisir de goûter au luxe, d’approcher cet univers : l’élégance, la désinvolture et le dédain. Loin de la réalité du monde du travail, besogneux et laborieux. La vie comme un jeu…
Stavisky apprend vite. Il est doué, il a la passion du joueur ; mais il lui reste à devenir Monsieur Alexandre ou « le beau Sacha » comme le Tout-Paris le surnommera bientôt. Son ambition est large comme son sourire. Car Alexandre est d’abord un charmeur, un irrésistible séducteur, un slave avec une peau de marbre lisse, des traits fins, une fine bouche, délicate, s’ouvrant sur un sourire à qui l’on ne peut rien refuser. Et un regard qui voit au-delà des apparences. Des yeux de « maquignon » pour sonder, soupeser, jauger l’autre ; sans oublier l’essentiel, sa propension à parler de tout et de rien, inventer des tas d’histoires en remuant ses longues mains fines, discuter inlassablement pour convaincre : tout un art.
Peut-être tient-il ce « savoir-faire » d’Abraham Stavisky, son grand-père à l’imagination toujours féconde, un vieux conteur de la lointaine Russie, exilé à Paris lui aussi et admiratif de ce « grand » petit-fils.
Lequel des deux a l’idée de « s’offrir » les « Folies Marigny », un théâtre parisien, pour y « jouer » là leur première escroquerie ? Nul ne sait, mais l’été 1909, période habituelle de relâche, les Stavisky entreprennent de louer à la Ville de Paris ce beau théâtre, reconnaissable à son architecture circulaire conçue par l’architecte Charles Garnier. Sans un centime en poche pour s’acquitter du montant du loyer, les Stavisky publient dans la presse plusieurs offres d’emplois annonçant que le théâtre embauche pour sa nouvelle saison : « artistes, administrateur, machinistes, concessionnaires pour le buffet, les fleurs et les confiseries, ouvreuses etc… » Les premières réponses ne tardent pas à venir et chaque candidat retenu doit avant tout verser une caution en argent. Très vite, les Stavisky arrivent à la somme de 12 000 francs, soit le montant du bail dû à la ville, qu’ils se gardent bien évidemment de reverser.
Des liasses de billets plein les poches, vivre et rien d’autre…
Les semaines se succèdent, les plaintes aussi, et le rideau doit rapidement tomber sur les « Folies Marigny », mais c’est à la justice d’entrer en scène à présent.
Alexandre Stavisky comparaît seul devant les tribunaux, son grand-père étant décédé entre-temps. Il a choisi pour défenseur un grand du barreau, Albert Clemenceau, le frère de Georges, qui obtient pour son client une condamnation bien légère au regard de la somme volée : quinze jours de prison avec sursis et vingt-cinq francs d’amende. Peu dissuasif mais très instructif pour Stavisky quant à l’observation de la machine judiciaire, de ses rouages et de ses failles ; mais surtout de l’importance des relations et des influences. La leçon sera bien retenue.
La Grande Guerre éclate bientôt et verse Stavisky dans une unité combattante. Il en revient et bénéficie en 1918 de l’amnistie « automatique ». C’est le retour à ses « chères » affaires, le cœur plus léger avec un casier judiciaire vierge. Il a gardé de l’argent de côté.
C’est le bon moment pour le commerce. Tous les commerces.
La France, l’Europe sont en pleine reconstruction, l’argent circule comme jamais et Alexandre Stavisky aussi. Il est partout et donne toute la mesure de son talent, de ses appétits aussi : tripots clandestins, recel, trafics de stupéfiants avec la Turquie, « lavages » (falsifications) de traites, actions, titres et chèques et autres escroqueries en tout genre au moyen de sociétés fictives dans les domaines les plus variés : l’immobilier à Marseille ou à Cannes, la gestion d’espace publicitaire sur la Tour Eiffel, le cinéma, avec la Franco-American Cinematograph Corporation, une prétendue société par actions pour laquelle 8 millions sont souscrits, mais sans aucun partenaire américain richissime « à l’affiche » juste Stavisky dans le premier rôle de l’escroc partant avec la caisse !
Alexandre-Sacha, dit également Alex, Jean Sacha, ou Doisy de Monty ou encore Victor Boitel etc… : Stavisky le roi du camouflage identitaire. Présent partout mais visible nulle part.
Imaginatif, insaisissable et aussi infatigable Alexandre Stavisky : pour une société débusquée par la Justice, une autre renaît ailleurs, avec toujours quelque chose à vendre : du Phébor, un réfrigérateur, sommet du progrès à l’époque, au Matryscope, appareil censé détecter une grossesse dans les 24 heures ou encore « le P’ti Pot » un nouveau bouillon de bœuf, succédané du légendaire bouillon Kub. Des articles prometteurs mais tous imaginaires ! Visionnaire Stavisky, dans cette France où le progrès est le maître-mot, il vend de la modernité, mais en rêve uniquement. Escroc émérite toujours, parvenant à vendre en grosse quantité de l’alcool ou des munitions sans en être le propriétaire, juste un audacieux intermédiaire, se faufilant entre des transactions et raflant au passage les versements d’acomptes.
Mais si Alexandre Stavisky vend, il achète aussi beaucoup : des amitiés, des relations, des influences, des complicités avec tous les milieux : politique, presse, affaires, magistrature, police, etc… Tout a un prix. C’est le système Stavisky : « Le seul moyen de réussir, c’est de fréquenter un grand nombre de personnes et de les amener à faire ce que l’on veut. Il faut les utiliser, leur faire rendre leur maximum, en leur plaisant, en leur rendant services » résume- t-il froidement.
Résultat : arrêté en 1923 pour avoir « lavé » un chèque de 600 francs et modifié le montant en 48 200, Stavisky se retrouve en prison. Le juge d’instruction étudie son dossier pour l’incarcérer ; mais le chèque falsifié, seule pièce à conviction, a étrangement disparu du dossier. Stavisky est libéré.
Juillet 1926, arrêté à nouveau pour une escroquerie chez un agent de change, préjudice : 5 millions de francs, une somme considérable, à la hauteur de ses appétits. Couloir du palais de Justice, Alexandre Stavisky est menotté, encadré par deux policiers et attend sa comparution devant le juge d’instruction. Il demande à aller aux toilettes et s’évade par une fenêtre restée ouverte. De 1926 à 1933, Stavisky n’obtient pas moins de dix-neuf reports à son procès. Tout est dit.
Emmanuel Stavisky, son père, souffre en secret. Il ne peut admettre que son fils soit recherché pour escroquerie et propose aux policiers d’indemniser les victimes avec ses économies. Transaction illégale, lui rétorque-t-on. Emmanuel Stavisky revient chez lui, s’enferme dans son bureau et se suicide. Tout a un prix…
Les affaires restent toujours les affaires, même celles du cœur, car l’escroc est aussi un grand coureur de dots, un « gentleman-cambrioleur » de dames respectables, qu’il séduit et « effeuille » par traites, faux-titres, bijoux ou détournement de dommages de guerre. Irrésistible Stavisky, avec la belle Fanny Bloch, ou Jeanne Darcy, son nom de scène, une artiste, une chanteuse de music-hall. Une histoire d’amour et aussi d’intérêt. Ensemble, ils ouvrent un cabaret-dancing, le Cadet-Rousselle, au 17 de la rue Caumartin. Les clients sont nombreux et l’argent ne tarde pas affluer dans les caisses. Stavisky ne peut se retenir très longtemps d’y puiser dedans. Le couple finit alors par battre de l’aile. Injures et coups. Jeanne pardonne et retire ses plaintes. Mais il est trop tard, Stavisky est parti… avec l’argent.
« La belle Arlette » Simon, mannequin de chez Chanel, sera le grand amour de sa vie et aussi la mère de ses enfants. Mariés, le couple loge dans le luxe à l’hôtel Claridge, sur les Champs-Elysées, non loin du quartier où son père exerçait son métier de dentiste. Mais on est bien loin du voleur des petits lingots d’or paternels. Alexandre Stavisky brasse à présent de véritables fortunes, mais il lui en faut toujours plus, son train de vie princier l’exige : écurie de chevaux de course, villa de luxe, sorties aux casinos, voitures de prestige, modèles George Irat, Roland Pilain ou Buick, virées dans les palaces de Cannes à Biarritz etc…
A partir de 1928, il devient Serge Alexandre, histoire de faire oublier Stavisky et ses douteuses activités, et de se présenter comme un homme d’affaire respectable… en apparence seulement, car il échafaude alors la plus grande escroquerie du siècle.
Tout débute à Orléans qui, comme d’autres villes, possède un crédit municipal, autrefois un mont-de-piété, c’est-à-dire un établissement accordant des prêts immédiats sur des objets déposés en gage. Si au bout d’un certain temps, le prêt n’est pas remboursé, l’objet est vendu au profit de l’emprunteur. Les crédits municipaux émettent des bons de caisse, emprunts qui produisent des intérêts. Ce système séduit particulièrement M. Alexandre, rapidement convaincu du succès de sa « prochaine entreprise ». Le choix d’Orléans s’impose, car il connaît déjà le directeur du crédit municipal M. Desbrosses, lequel entre sans réticence dans l’escroquerie : recevoir en dépôt dans son établissement municipal de fausses émeraudes et surtout les accepter comme de vraies pierres précieuses ! Des emprunts sont ensuite lancés à partir de bons de caisse factices gagés sur de faux bijoux. Montant du bénéfice du « respectable » M. Alexandre : plus de 40 millions de francs en trois ans !
Evidemment, il y a toujours la crainte d’une inspection de la part de l’administration, mais en attendant Alexandre continue sa fabuleuse ascension, sans oublier de reverser largement une partie de sa fortune à toutes ses relations. Hommes politiques, ministres, députés, son argent corrompt tout le système et tient en respect une partie de la sphère politique de la Troisième République. S’il tombe, il entraîne avec lui de nombreuses personnalités dans sa chute. M. Alexandre semble désormais intouchable. Il s’est même acheté, pour soigner sa publicité, un journal « La Volonté ».
L’affaire du crédit municipal d’Orléans ayant été un succès, Stavisky décide en septembre 1931, de faire encore plus grand à Bayonne, dont il connaît le député-maire Joseph Garat. Les deux hommes se rencontrent et peu de temps après, s’ouvre dans la ville un crédit municipal dirigé également par un ami de M. Alexandre. Et là aussi les bons de caisse émis sont gagés sur de fausses pierres précieuses et sur une surestimation de la réelle valeur des objets déposés : un bouchon de carafe en cristal par exemple d’une valeur de quinze cents francs est estimé six cent mille francs ! Le ministre du Travail et du Commerce, Albert Dalimier, en personne et par amitié pour le maire de Bayonne, n’hésite pas à recommander publiquement l’établissement de crédit : « Etant donné les avantages de sécurité que présentent de tels placements, je suis certain que les conseils d’administration, et plus particulièrement ceux de la région de Bayonne, réserveront un bon accueil aux offres qui leur seront faites. » Le succès dépasse alors toutes les espérances, petits et gros épargnants se pressent.
- Alexandre est au sommet de sa carrière d’escroc. L’affaire de Bayonne lui aurait rapporté près de 60 milliards d’aujourd’hui. Une fortune au-delà de toute imagination. Il achète même un théâtre, celui de l’Empire, avenue de Wagram à Paris : Alexandre et son Empire. Pour quelques années encore, car en 1933, une compagnie d’assurances « Urbaine-Vie » porte plainte auprès du ministère des Finances contre l’établissement de crédit de Bayonne. Alerté, le receveur des Finances de la ville découvre avec stupeur que des bons figurant dans la comptabilité pour 100 000 francs ont été émis pour une valeur d’un million !
Ce n’est que le début de l’étonnement. On découvre alors la dimension inimaginable de l’escroquerie : 239 millions de faux bons mis en circulation par le crédit municipal de Bayonne ! Le directeur est sommé de s’expliquer ; il prend peur et lâche un nom aux inspecteurs dépêchés sur place : Stavisky ! Puis finit par révéler que M. Alexandre et Stavisky ne font qu’un. Ce dernier est prévenu de la fin subite de son ultime entreprise et que, désormais, il fait l’objet d’un mandat d’amener. Alexandre Stavisky ne veut pas finir en prison. Plutôt mourir ! Justement, un terrible accident ferroviaire vient de se produire à Lagny avec près de deux cents morts. L’escroc a alors une idée : charger un ami policier de foncer sur le lieu du drame et de glisser ses papiers d’identité dans l’un des cadavres. Ce serait son dernier pied de nez à la Justice ! Prétendu « mort », c’est l’amnistie à vie ! Mais le temps lui manque, et déjà l’hallali retentit. Ses appuis, ses amitiés s’évanouissent peu à peu, il lui reste « sa garde rapprochée ». Ceux du début. Le temps de dire au revoir. Dans une brasserie d’un café parisien, Arlette et Alexandre se retrouvent. Son mari a perdu de sa superbe, pas rasé, les cheveux en désordre mais toujours son indéfectible sang-froid. « Tout ira bien » lui glisse-t-il à l’oreille. Une nuit ensemble à l’hôtel, la dernière… Mais c’est déjà demain et le début de la cavale. Il faut tenter de fuir et passer la frontière. Son visage fait la une des journaux et on évoque déjà les nombreuses « amitiés » dont on a pu bénéficier l’incroyable escroc et à tous les degrés. La presse publie le nom des « chéquards » achetés par Stavisky. Le scandale approche, le gouvernement tremble. Stavisky devient une affaire d’Etat. Il ne faut surtout pas qu’il parle…
Direction la Haute-Savoie pour Alexandre Stavisky et son ami, Pigaglio propriétaire d’un chalet dans la région. Les frontières avec la Suisse et l’Italie sont toutes proches. Stavisky croit toujours à son incroyable destin ; mais difficile de parvenir en hiver dans cette région de montagnes, au volant de leur voiture. La neige tombée en masse bloque les petites routes choisies par les deux hommes pour éviter les contrôles de police. Ils finissent en train et continuent encore jusqu’à atteindre Servoz dans la haute vallée de l’Arve. Mais surprise. Le chalet est pris dans les glaces, les conduites sont gelées. Pas d’eau. Pas de refuge possible. Chamonix est proche. La mort aussi pour Stavisky, dans un chalet, quelques jours plus tard…
La mort de Stavisky parlera pour lui. Nul ne croit au suicide mais bien à l’assassinat orchestré par des hommes du gouvernement pour cacher la vérité : celle de la collusion entre argent et politique.
La presse nationale se déchaîne, tout comme en région tel le Journal de l’Orne du 27 janvier 1934 :
« Le scandale politique, que le cabinet Chautemps a voulu étouffer, s’étend. On calmera cette fois difficilement l’opinion publique à l’aide de déclarations mensongères et de démentis auxquels personne ne croit plus. Trop de gens ont été mêlés à l’affaire, l’aventurier a fréquenté trop de personnages consulaires, il s’est fait trop de bruit autour de sa vie d’homme du «monde», alors qu’il maniait des millions par centaines pour qu’aujourd’hui on puisse être cru quand on nous affirme ne l’avoir jamais vu, ne savoir même pas qu’il existait.
Un journaliste écrivait récemment que si l’on pouvait se saisir du livre d’adresse de Mme Stavisky, et le livrer à la publicité, on aurait une édifiante idée des fréquentations du personnel de la République. Tout le monde ment et se défie. L’opinion sent cela, et elle est méfiante et coléreuse ».
Les mouvements d’extrême droite se réveillent, les vieux relents de xénophobie aussi, Stavisky était juif d’origine russe. L’Action française royaliste, les ligues populistes de droite et les communistes dénoncent la décadence de la Troisième République.
Conséquence immédiate : le 27 janvier 1934, après la démission de deux de ses ministres chargés de la Justice (Albert Dalimier et Eugène Raynaldy), c’est la chute du gouvernement Chautemps, – le neuvième depuis l’accession de Paul Doumer à la présidence en juin 1931. Edouard Daladier lui succède, lequel est à son tour contraint de démissionner au lendemain des sanglantes émeutes organisées par l’extrême-droite le 6 février 1934.
Le dimanche suivant, communistes et socialistes, frères ennemis depuis 1920, se réconcilieront et bientôt jetteront les bases d’une alliance, qui aura pour conséquence en 1936, le Front Populaire.
Alexandre Stavisky au service de l’Histoire ?


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