Le château fou du facteur Cheval

Né le 19 avril 1836 à Charmes-sur-l’Herbasse (Drôme), d’une famille paysanne, le gamin Ferdinand acquiert une instruction modeste mais toutefois largement suffisante pour savoir lire et écrire, développer son ouverture d’esprit et s’initier, au contact des livres, à l’Histoire, à la Géographie et aux Sciences.

Cette éducation lui permet à trente et un an de prêter serment comme facteur des postes et de rejoindre Hauterives en 1869. Dès lors, le facteur Cheval ne cessera d’arpenter les trente-deux kilomètres de chemins qui l’entraînent à travers la campagne pour distribuer le courrier.

De quoi ouvrir le champ libre aux divagations de la pensée. Mais ne nous y trompons pas ! Ferdinand Cheval n’a pas reçu un flash nocturne, une vision instantanée. Au contraire, son rêve s’est forgé, jour après jour, dans la multiplicité renouvelée de ses courses à travers les chemins et les routes, songeant à ce que pourrait être l’œuvre de sa vie. Car tout être possède en lui ce désir de se prouver quelque chose ; d’atteindre un sommet ; d’être glorifié. Non par orgueil mais pour laisser la trace d’un passage.

D’année en année, sans rechigner à la tâche qu’il s’est fixé, sans jamais se décourager, travaillant de nuit à la lueur d’une lampe à pétrole, Ferdinand Cheval cisèle son Palais Idéal. Architecte et maçon à la fois, il accumule d’abord le matériau sur place, trace un plan sur le papier avant d’en élever les premiers murs. Cascade, tombeau et temple égyptien, temple hindou et les Trois Géants voient le jour entre 1881 et 1896, date où le facteur prend une retraite bien méritée pour se consacrer entièrement à son projet. Trois ans plus tard, la façade Est est achevée. Il lui faudra encore cinq autres longues années pour mettre la dernière main à celle de l’Ouest. En 1912, le Palais Idéal est terminé, où se mêlent monuments, plantes et animaux du monde entier. Ferdinand Cheval peut alors contempler son ouvrage : son vœu le plus cher est qu’il lui subsiste, qu’il se substitue à son être, une fois mort, afin de perpétuer sa mémoire.

Les dernières années de sa vie, il les consacre à bâtir, pierre par pierre, sa chambre funéraire pour enfin goûter au repos éternel, près de son œuvre, le 19 août 1924.

Le facteur ne s’est jamais vraiment senti dans la peau d’un artiste. D’ailleurs, il n’emploie dans ses écrits qu’une seule fois le mot « art ». Peut-être parce qu’il n’arrive pas à traduire ce terme par rapport à son acte ? À moins que, humble parmi les humbles, il ne lui fasse peur. Est-ce d’ailleurs à lui de se définir comme artiste ? Non ! sinon à être prétentieux. Songeons aux contemporains du facteur ! À ceux qui, heure après heure, voient s’élever le Palais idéal. Cheval, un artiste ? Non ! Un fou ou un original ? Peut-être ! Plus sûrement, au fil des années, un bâtisseur accomplissant sans relâche sa tâche, forgeant, l’âge avançant, l’admiration de tous. Car les regards de ses concitoyens devaient bien être amusés quand Cheval débuta sa construction. Et ce n’est que dans l’ennoblissement de son labeur que les esprits se transformèrent pour finir par s’approprier le Palais Idéal. Et c’est dans l’élévation de son monument que le bâtisseur devint artiste.

Dans le Palais Idéal, dans cette profusion de matière agglomérée et sculptée se lit toute l’humilité de l’homme, sa maladresse, son authenticité, son besoin de gloire et d’éternité, même mort. Pour le facteur Cheval, le songe est bien devenu réalité.

Département de la Drôme. Hauterives.

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