Le fait divers mis en chansons. De l’affaire Fualdès (1817) aux crimes de la Vallée Rouge (1954)
En cette année 1817, le mystère qui entoure l’affaire Fualdès, sur fond de règlement de compte ultraroyaliste, les rebondissements judiciaires qui s’ensuivent et, plus que tout, l’extravagante personnalité de la belle et mystérieuse Clarisse Manzon fournissent matière à une exploitation littéraire qui dépasse largement le cadre des salons bourgeois et feutrés. Le peuple, lui aussi, se passionne pour ce fait divers ténébreux au cours duquel l’ancien procureur impérial, Bernardin Fualdès, trouve une mort horrible, égorgé comme un cochon puis balancé dans l’Aveyron, au Monastère-sous-Rodez.
Les imprimeurs parisiens, propriétaires aussi de quelques feuilles de chou, comprennent tout le parti qu’ils pourront tirer de ce crime. Ils détachent sur place leurs meilleurs sténographes, avec mission de fournir au plus vite des reportages à sensation. Les ventes dépassent toutes leurs espérances. Partout, les gens s’arrachent ce feuilleton politico-criminel, devenu dans l’histoire judiciaire la première affaire criminelle surmédiatisée.
Ces feuillets, appelés populairement « canards », se substituent ainsi aux journaux dont le coût encore trop onéreux empêche toute diffusion populaire, notamment dans les campagnes. Leur but est de piquer la curiosité des gens, non seulement par l’évocation de crimes mais aussi par des faits étranges ou des catastrophes.
Ces canards, généralement publiés sous forme de feuillets détachables, sont agrémentés d’une série d’illustrations, du compte-rendu du procès lorsqu’il s’agit d’un crime, suivi le plus souvent d’une complainte à l’œuvre moralisatrice ou d’un fait marquant de l’Histoire de France.
En quelques couplets d’une qualité littéraire discutable, où l’on sent bien que l’auteur fait preuve de naïveté en privilégiant la rime aux dépens de la qualité du vers, les complaintes se chantent sur des airs populaires connus, comme La Paimpolaise ou Le Juif errant. Ces feuillets, achetés aux imprimeurs par des chansonniers et des colporteurs, sont ensuite vendus à la criée dans les rues des villes et des villages ou à l’occasion des foires.
Sur la lancée de l’affaire Fualdès – un véritable tube qui fait le tour de France – d’autres complaintes circulent en Aveyron. Très prisées tout au long du XIXe siècle, elles disparaissent peu à peu au cours du siècle suivant, concurrencées par la diffusion de plus en plus large des journaux. La dernière complainte connue se rapporte aux affaires criminelles qui endeuillent la région de l’Espalionnais, dans les années 1950. Elle est le fait d’un chansonnier-poète toulousain André Dusastre, auteur de 65 complaintes et près de huit cents chansons. De l’Aveyron, il dit : « Remarquez que l’Aveyron fournit beaucoup. Hou là !… Des criminels et des bandits, il y en a eu en pagaille, là-bas !… J’ai encore eu l’assassinat de Maleterre par Fabre et Combette… encore dans l’Aveyron… J’ai composé Le Triple Crime d’Espalion, qui m’a été inspiré par les trois meurtres commis à la ferme de la Bessette… toujours dans l’Aveyron : S’il a tué pour voler/Boudou ce misérable,/ De lui n’ayons pas pitié/Il n’est pas excusable/S’il a tué pour voler/Qu’on lui coupe la tête/Les Maurel seront vengés/Justice sera faite.
Aujourd’hui tombées dans l’oubli, les complaintes appartiennent à la mémoire populaire. A vous de les fredonner à nouveau pour leur offrir, pourquoi pas, une seconde carrière.


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