Le jardin d’amour et d’illusion des Folies Siffait
Existe-t-il plus belle exaltation de l’amour que de ne pas oublier l’être disparu et de lui consacrer le reste de ses jours à lui exprimer à la fois sa passion et son incompréhension de la mort ? Fallait-il qu’il soit amoureux puis désespéré, Maximilien Siffait, riche receveur des Douanes impériales, pour dessiner cette œuvre romantique que nous avons appelée Folies mais qui n’est autre que la traduction, certes excentrique, d’une douleur inguérissable et indéfinissable propre qu’à celui qui la vit.
Une oeuvre dont on peut se demander si elle était faite pour subsister et entretenir le souvenir ou si la nature devait reprendre ses droits, une fois la douleur éteinte, ne laissant que des ruines, dans le cercueil des broussailles et des herbes folles.
Tout commence par un coup de foudre quand Maximilien et Marie-Louise Siffait découvrent le promontoire de Castel Guy dominant la Loire. Tout, ici, concourt à la passion romantique : leurs regards s’émerveillent aux couchers de soleil d’une extraordinaire douceur qui subliment le crépuscule ; le fleuve qui s’écoule, imperturbable, à l’image du mouvement du temps, sans jamais arrêter sa course ; la nature, sauvage, qui ensevelit les ruines d’un vieux château-fort.
Dès lors, le couple n’aura de cesse d’aménager ce lieu : kiosque turc ; pavillon à fronton triangulaire ; tourelles aux murs peints ; escaliers descendant vers la Loire.
Mais tout amour finit par une tragédie. Marie-Louise s’éteint brutalement à l’âge de trente-six ans. Immense chagrin d’un homme où le cours d’eau des larmes se mesure au fleuve qui coule à ses pieds. Le temps qui dure ne sera plus désormais qu’un temps obsessionnel, consacré à son amour perdu. Un culte qui s’exprime par des constructions extravagantes qui n’ont pas d’autre sens que l’interrogation d’un homme à la séparation brutale et définitive ; à cet envers du décor qui n’est que mystère et sur lequel on ne finira jamais de s’interroger. Fenêtres murées ; portes closes ; escaliers qui mènent à nulle part, s’arrêtant sur des précipices. L’homme doublement éploré quittera ce lieu à la mort de sa fille, Jeanne-Louise, âgée seulement de dix-huit ans. Son fils Oswald continuera l’oeuvre inachevée, apportant avec son épouse Rosalie, une touche plus végétale tout en l’enrichissant de pagodes chinoises et de mannequins de cire, crépissant murailles et escaliers de couleurs aujourd’hui disparues.
Les Folies Siffait ont subsisté au temps qui passe. Laissées longtemps à l’abandon comme si la nature reprenait ses droits, ensevelissant le souvenir, elles représentent aujourd’hui un jardin unique en son genre où l’esprit suspend sa réflexion pour s’égarer dans le rêve ; où le temps s’arrête, juste l’espace de quelques secondes ; où l’on se prend à espérer que l’amour est plus fort que la mort. Que tout subsiste au-delà. Que nous sommes voués à l’infini.
Département de Loire-Atlantique. Le Cellier. Vingt-cinq kilomètres au nord-est de Nantes.


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