Le jardin sculpté de Gabriel
Un gamin de dix ans pleure devant son petit chat de glaise qui vient de se casser. Déjà la veille, son chien d’argile s’était effrité et à chaque fois le garçon est triste. À quinze ans, devenu adolescent, il tente la sculpture sur bois mais il est temps de gagner sa vie sérieusement, l’époque n’est pas à l’oisiveté, fut-elle artistique…
Plus de cinquante ans plus tard, Gabriel vend tous ses outils de menuisier et retrouve ses rêves brisés d’enfant enfouis au plus profond de son être. Pendant vingt-trois ans, il peuple son jardin de statues en ciment grandeur nature qu’il colore dans la masse avec des oxydes de fer. Ce seront d’abord des dames, trop peu vêtues pour la sienne qui s’inquiète du « qu’en dira-t-on ». Pour se faire pardonner, il enchaîne avec quelques saints du paradis. Pour le plaisir, il modèle les animaux des fables de La Fontaine. Suivront les célébrités de la variété, du monde politique, et puisqu’il faut continuer à rêver, Gabriel les accompagne des personnages des contes de fées. Tous sont plus vrais que nature : Charlot, Napoléon, De Gaulle et Chirac côtoient Goulebenèze une figure locale. On croise aussi dans ce jardin singulier Marchais, Mitterrand et… Landru. Plus de quatre cents moulages aux détails saisissants de vérité qu’on devine prêts à s’animer pour peu que Gabriel, parti dans un autre éden, leur insuffle un tout petit peu de vie.
L’artiste a souhaité léguer son œuvre à la commune, à charge pour elle de l’entretenir et de ne pas déplacer les moulages. L’investissement est lourd pour une petite municipalité et déjà les statues ont perdu de leur éclat. Les critiques d’art, les premiers, se sont émus et ont attiré l’attention sur la valeur culturelle de ce jardin si poétique, inscrit dans le patrimoine du pays des Vals de Saintonge.
Gabriel avait confié : « Moi, je peux pas encaisser la mort ». Il suffit, lors des visites organisées par la mairie, de découvrir son autoportrait à l’entrée de l’atelier pour savoir que l’artiste est toujours un peu là.
Département de la Charente-Maritime. Nantillé. Lieu-dit « Chez Audebert ». Une vingtaine de kilomètres au nord-est de Saintes.


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