L’effrayant cortège des parricides
Affaire Bergonnier
Cour d’assises de l’Aveyron, 11 mars 1840
Affaire Valette
Cour d’assises de l’Aveyron, 16, 17, 18 et 19 mars 1840
Affaire Caumes
Cour d’assises de l’Aveyron, 19 mars 1845
L’année 1840 fut marquée par deux affaires qui amenèrent sur les bancs du palais de justice de Rodez deux individus accusés de parricide. Dans un département qui se caractérisait par un attachement atavique à la propriété privée et par une soumission aveugle à l’autorité de patriarches, obstinément réfugiés dans leur absolutisme, le parricide représentait un acte gravissime envers lequel les juges et les jurés ne montraient guère de complaisance.
Deux types de parricide pouvaient paraître à la barre. Celui qui, sous les traits du fils aîné ou du gendre n’avait pu supporter de se voir quotidiennement bafoué et rabroué, en attendant de devenir à son tour le chef de famille. Un beau jour, la goutte d’eau avait fait déborder le vase de la colère, jetant le coupable dans les bras de la justice. Ceux-là méritaient les circonstances atténuantes. Quant aux autres, c’était la jalousie et la cupidité qui les conduisaient à de tels gestes criminels. L’ordre social et la moralité se confondaient pour les entraîner à subir de lourdes peines, quand ce n’était pas la mort qui les attendait au bout de leur chemin terrestre.
Sur la commune de Saint-Rome-de-Tarn, non loin du hameau dit « Le Bosc », se trouve une petite montagne appelée le Tynairial dont la partie supérieure, boisée, surplombe des terrasses en amphithéâtres (les « parédous »), liées entre elles par des pierres en saillie, formant de mauvais escaliers.
Trop accidenté, le pied de la montagne se termine en ravin, bouche grande ouverte au creux de laquelle vienne s’échouer, lors de violents orages, une partie de la terre que les eaux de ruissellement entraînent avec elle, malgré la présence des capbalières, ces rigoles de pierre, chargées d’évacuer l’eau de haut en bas.
C’est sur ce versant du Tynairial, face au petit domaine de Rieulach qu’habitait, depuis plusieurs générations, la famille Bergonnier. La vigne ne nourrissait pas toujours son homme mais, bon an, mal an, avec beaucoup de peines au travail et peu d’exigences, les gens du pays arrivaient à joindre les deux bouts et à remplir leurs pantalons sans trop se serrer la ceinture.
Au Tynairial vivait le père Bergonnier et son fils Pierre, âgé de 48 ans. La vie n’avait pas été tendre avec le pauvre vieux, âgé de 74 ans. Toute son existence, il avait trimé sang et eau pour vivre. Alors qu’il aurait pu prétendre, au crépuscule de sa vie, à un peu de repos bien mérité, son fils et sa belle-fille lui en faisaient voir de toutes les couleurs. Le pauvre homme avait compris qu’il n’était plus qu’une bouche supplémentaire à nourrir et, qu’en d’autres termes, on se serait bien passé de lui et que, le cas échéant, on ne le regretterait pas.
Dans le pays, il était de notoriété publique que le père Bergonnier était en butte, sous son propre toit, à toutes sortes de mauvais traitements. Fils, petit-fils et belle-fille s’entendaient comme larrons en foire pour passer sur lui leur mauvaise humeur. Les injures et les coups pleuvaient. Des pierres accompagnaient sa fuite dans la campagne, son unique havre de paix où il passait, d’ailleurs, le plus clair de son temps. Les voisins plaignaient ce vieillard qui n’hésitait jamais à prêter la main pour soigner les bestiaux.
Un jour, Pierre Durand, un voisin invité à la table des Bergonnier, avait vu le fils chasser son père au moment du repas. Depuis, honteux de tels procédés, il lui apportait régulièrement un morceau de pain en cachette. Le vieil homme le cachait sous sa veste et sortait pour le manger.
Plainte fut aussi déposée à l’autorité municipale. Mais, peu désireuse de se mêler d’une affaire familiale, elle n’aboutit qu’à irriter un peu plus le fils Bergonnier qui répondit au maire par une menace :
-Quelque jour, on le trouvera allongé dans un ravin !
Le 20 juillet 1839, au crépuscule, le fermier de Rieulach, Pradal, passait près de la vigne de Pierre Bergonnier quand ce dernier l’interpella :
-Mon père est mort ! fit-il d’une voix assurée.
En effet, un cadavre gisait sur le sol. Pradal s’approcha, dans la pénombre. Le corps exhalait déjà une odeur infecte. La tête appuyée contre une petite muraille, le bras droit raide, tendu et élevé, dans une position telle qu’il apparût au fermier que le cadavre du père Bergonnier avait été transporté là après avoir cessé de vivre.
-Aides-moi à le transporter au Tynairial ! demanda Bergonnier à Pradal.
-Non, débrouilles-toi seul ! Je ne veux pas me mêler de tes sales affaires.
Tournant les talons, Pradal se retira.
Le soir même, Pierre Bergonnier se rendit à Melrieu pour annoncer à ses sœurs la mort de leur père. A la nuit, il revint avec un nommé Vaissettes dormir au Tynairial. Ce n’est qu’au petit matin que les deux hommes enlevèrent le cadavre de la vigne et le déposèrent dans la chambre du défunt.
Restait au fils « éploré » à se rendre à Saint-Rome-de-Tarn pour faire devant le maire la déclaration de décès.
-Mon père s’est tué hier, vers 9 heures du matin, annonça-t-il sans émoi à l’officier d’état civil. Il s’est laissé choir du haut d’une muraille en bas.
Convaincu de la mort accidentelle, l’officier délivra le certificat de décès sans que le corps fût soumis à une vérification préalable. Pierre Bergonnier, de son côté, se hâta d’enterrer le corps.
L’affaire en serait restée là si la clameur publique n’avait pas attiré les soupçons et montré du doigt les membres de la famille Bergonnier. Le récit du fils aîné était, par exemple, truffé d’invraisemblances. Des langues se délièrent. Le lieu où le corps fut trouvé, les blessures de la tête et du visage, la position des reins et du bras, la disposition du terrain et l’animosité que manifestait Pierre Bergonnier vis-à-vis de son père : tout concourrait à faire naître l’idée d’un assassinat.
Le premier coup fut porté par la sœur même de Pierre Bergonnier, Marianne. Elle accusa son frère de faire régner la terreur au sein de sa famille. L’autorité judiciaire fut saisie de sa plainte. L’enquête la mena jusqu’au traitement de faveur subi par la victime de la part de son fils et à sa mort accidentelle, mise en doute par le voisinage. Considérant que rien n’avait été fait pour examiner le corps, la justice ordonna une exhumation. Mais la putréfaction du cadavre était telle que les médecins ne purent fournir aucune conclusion.
Pris de court, les gendarmes multiplièrent les investigations, tant sur le terrain qu’auprès des plus proches propriétaires du Tynairial. Il établirent bien vite que sur le lieu où le cadavre avait été découvert, on ne remarquait aucun désordre. Le corps, au lieu de suivre les accidents du terrain, était, suivant l’expression d’un témoin, « comme en l’air ». Certains membres étaient suspendus et ne reposaient point sur le sol. Le bras droit était raide et écarté du corps. Les reins formaient planche.
Pradal, qui avait été le premier à voir le cadavre du père Bergonnier et dont le témoignage devenait crucial, déclara qu’à partir de la tête et se prolongeant sur le front et la joue gauche, on distinguait une blessure très longue qui paraissait avoir été effectuée à l’aide d’un instrument tranchant. « Sur la partie gauche du nez, ajouta le témoin, était un petit trou où le sang était venu. »
D’autres voisins confirmèrent que la figure était meurtrie de coups, couverte de sang et hideuse à voir.
L’étau se resserrait sur Pierre Bergonnier qui se défendait avec véhémence, imputant à la chute du corps les différentes blessures au visage de son père. Mais, une fois de plus, la vindicte populaire apporta du grain à moudre aux enquêteurs. Quelques jours avant le décès, Pierre Bergonnier avait proféré des menaces sans équivoque à l’égard de son père, qui lui avait emprunté un marteau de maçon sans le lui avoir demandé.
-Mon père, s’écria Bergonnier à la cantonade, est un brigand. Il m’a volé un marteau, mais cela ne se passera pas ainsi.
Puis, continuant sa rodomontade, il lança :
-En arrivant au Tynairial, nous aurons un assaut qui en vaudra la peine.
Ce dernier propos fit une telle impression sur une femme qui assistait à la scène, qu’après la disparition du père Bergonnier, elle dit aux autres ouvriers :
-Vous pouviez bien laisser ce marteau tranquille ; c’est lui qui est la cause de la mort de Bergonnier.
La belle-fille n’était pas en reste de son mari pour tracasser son beau-père.
-Vous mériteriez qu’on vous tirât un coup de fusil, lui dit-elle un jour. En le tirant, on ne ferait que ce que l’on devrait.
Le lendemain de sa mort, elle s’était même égarée à tenir des propos indignes et pleins de sous-entendus.
-S’il avait fait les choses comme il devait faire, il serait encore en vie.
Mise en demeure de s’expliquer sur la journée du décès, elle affirma que son beau-père s’était levé vers les 3 heures du matin. Qu’avant de sortir, il avait lancé ces paroles maudites :
-Plût à Dieu que vous creviez tous, vous, la brebis et la chèvre !
Entre 5 heures et 5 heures 30, la femme de Pradal aperçut Pierre Bergonnier dans sa vigne, regardant de tous côtés, courbé vers la terre, à cinq ou six pas de distance du lieu où le cadavre s’était échoué.
A 6 heures, une autre femme, occupée dans les champs, vit Bergonnier, regardant de droite et de gauche, suivre le sentier qui conduit à la muraille auprès de laquelle fut trouvé le cadavre.
Tout, dans son comportement, laissait transparaître une forte inquiétude. Sommé de s’expliquer sur sa présence sur les lieux, l’accusé se laissa aller à plusieurs déclarations contradictoires quant à son emploi du temps. Il n’en fallut pas plus au juge pour conserver Bergonnier à l’ombre et renvoyer son affaire en cour d’assises.
Les débats s’ouvrirent le 11 mars 1840, à Rodez. Après la lecture de l’acte d’accusation, l’audition des nombreux témoins remplit la salle de 10 heures du matin à 5 heures du soir. La journée ne fut guère favorable à l’accusé, moins pour les preuves de sa culpabilité, quasi-inexistantes, que sur sa personnalité et les incohérences de ses réponses.
Le procureur du Roi, Vesin, basa tout son réquisitoire sur ce portrait défavorable. Maître Palayret était chargé de défendre Bergonnier. Il tenta de démontrer qu’au-dessus de la mauvaise réputation de l’homme, il n’y avait aucun témoignage prouvant sa responsabilité dans la mort de la victime. Sa plaidoirie s’acheva vers 23 heures 30. Comme il était d’usage, le Président de la Cour, M. Jac, présenta un résumé lucide et impartial des débats. Minuit et demi sonna lorsque le jury entra en délibérations. Une heure plus tard, il apporta un verdict de culpabilité contre Bergonnier. La peine de mort claqua dans le prétoire, au milieu d’un silence profond, suivi de l’adresse du Président au condamné :
-Bergonnier, vous avez commis un grand crime ! La justice des hommes n’a pu vous faire grâce : il vous reste la justice de Dieu ; invoquez-là ; elle est infinie !
Le choc fut rude pour le fanfaron Bergonnier. Ses jambes se dérobèrent au moment où les gendarmes l’empoignèrent pour l’emmener. Arrivé à la prison, quelques larmes s’échappèrent sur ses joues.
Mais la justice n’en avait pas terminé avec les coutumes belliqueuses de la famille Bergonnier. Le lendemain, 12 mars 1840, ce fut au tour du fils de comparaître sous le poids d’une tentative de fratricide. Agé de 21 ans, l’accusé ne semblait pas autrement ému après la terrible sentence de la veille, quand il pénétra dans le prétoire.
Bergonnier possédait un frère utérin, nommé Carrière. Une haine implacable les divisait à propos d’un partage récent. Depuis lors, insultes, menaces et guet-apens avaient parsemé leurs rencontres. Quelques mois avant l’affaire précédente, Carrière et Bergonnier travaillaient dans deux champs contigus. Toute la journée, ils s’invectivèrent à qui mieux-mieux.
-Fripon ! Gueusard ! s’écria Bergonnier. Tu me le paieras et sans qu’il soit longtemps.
-Approche un peu, fripouille, lui répondit Carrière, que je te fasse tâter de mon bâton.
Enfin, on en resta là !
Le soir venu, Carrière quitta son frère en aussi bons termes que le matin, les injures de l’un répondant aux sarcasmes de l’autre. Quelques kilomètres plus loin, Carrière puisait de l’eau à une fontaine lorsqu’il se sentit atteint à l’épaule d’un coup de fusil. La blessure n’était pas grave. Carrière n’avait pas aperçu son agresseur mais un témoin lui affirma avoir vu Bergonnier le suivre puis s’enfuir après le coup de feu.
Cet unique témoignage motiva l’accusation dirigée contre Bergonnier fils. Mais il ne suffit pas à convaincre le jury de la culpabilité de l’accusé, qui le rendit à la liberté.
La Cour d’assises de l’Aveyron, en ce mois de mars 1840, eut à traiter une deuxième affaire de parricide. Albert Valette, de Brommat, avait étranglé son père, de complicité avec sa maîtresse, Geneviève Franc. Leur culpabilité ne faisait aucun doute et, comme il l’avait fait avec Pierre Bergonnier, le jury condamna les deux parricides à la peine capitale. L’arrêt fit défaillir Valette sur son banc mais sa maîtresse, femme de tempérament, fixa sans ciller des yeux le Président de la Cour jusqu’au franchissement de la porte du prétoire.
La peine de Geneviève Franc fut commuée en travaux forcés à perpétuité. Ce ne fut pas le cas pour Albert Valette et Pierre Bergonnier, guillotinés à quelques jours d’intervalle.
Le 30 mai, Albert Valette reçut, à 3 heures du matin, la terrible nouvelle, de la bouche de l’aumônier. Il en fut si abattu que ses forces physiques et intellectuelles l’abandonnèrent. C’est à demi mort et appuyé sur son confesseur qu’il fut transporté au lieu du supplice, place du Bourg, et poussé par le bourreau sur la planche de la Veuve.
A la nouvelle de son exécution, Geneviève Franc en éprouva un tel état d’exaspération qu’elle perdit connaissance pendant près d’une demi-heure.
Pierre Bergonnier ne fit pas meilleure impression devant une foule pas encore rassasiée de ce spectacle très prisée. La nouvelle de son supplice lui déchira le cœur et les entrailles. Résistant au bourreau, pleurant et criant tout à la fois, il demanda grâce jusqu’au moment où le couperet le fit taire à jamais.
La sévérité de la peine devant servir d’exemple pourrait laisser penser que les candidats au parricide verraient leurs ardeurs freinées avant de passer à l’acte. Et pourtant ! Cinq ans plus tard, presque jour pour jour après la double condamnation à mort de Bergonnier et de Valette, la Cour d’assises de l’Aveyron eut à se prononcer sur la culpabilité de Pierre-Alexis Caumes dont le crime avait été commis à quelques kilomètres du lieu où avait été découvert le corps du pauvre père Bergonnier.
Alexis Caumes, vieillard octogénaire, vivait à Saint-Rome-de-Tarn avec son fils, Pierre-Alexis, auquel il avait confié l’administration de tous ses biens. Depuis, une grande mésentente régnait entre eux. Le père avait voulu vendre quelques biens pour se procurer ce qui lui était nécessaire. Mais son fils était toujours parvenu à l’en empêcher par des menaces et même par des voies de fait. Enfin, le 25 mai 1844, Caumes père devait se trouver à Saint-Affrique, pour y conclure définitivement avec M. Inquembert une vente au sujet de laquelle Caumes avait fait entendre, quelques heures auparavant, des menaces de mort proférées tant contre son père que contre l’acheteur.
Ce jour-là, Caumes père quitta Saint-Rome vers 6 heures 30. Pour abréger le trajet, il prit un chemin de traverse, dit chemin de Saint-Amans. Vers 7 heures, deux femmes qui se rendaient d’Auriac à Saint-Affrique, trouvèrent sur un point de la route de Saint-Amans un homme étendu à terre et baignant dans son sang. Sa tête était couverte de larges blessures. C’était Caumes père qui venait d’être victime d’un horrible attentat. Il respirait encore mais, malgré les soins qui lui furent prodigués, il mourut dans la soirée, sans avoir pu proférer la moindre parole ni le moindre signe qui aurait pu éclairer la justice.
La rumeur publique désigna aussitôt Caumes fils comme l’auteur du meurtre.
Le 25 mai au matin, ce dernier était parti pour Saint-Affrique. Deux voisines, qu’il rencontra à la porte du village, lui demandèrent s’il allait bien au chef-lieu d’arrondissement afin de faire route avec lui. Caumes leur répondit d’une façon évasive. Un troisième témoin le vit pleurer à son départ et s’informa s’il partait en voyage. Caumes finit par dire :
-Il se peut que j’y aille.
Il suivit d’abord le grand chemin qui conduit à Saint-Affrique, mais il le quitta bientôt pour aller rejoindre le raccourci emprunté par son père. Plusieurs témoins le virent sur ce chemin de 7 heures à 8 heures. Caumes fils arriva à Saint-Affrique vers 9 heures 30. Il rencontra dans la rue M. Inquembert qu’il pria encore une fois de se désister de son acquisition.
Caumes revint de Saint-Affrique entre 12 heures et 13 heures. Quand il arriva à sa maison de Saint-Rome-de-Tarn, son cousin Baraillon, qui en sortait, le rencontra sur le seuil et lui dit, tout pénétré d’horreur :
-Ôte-toi de devant mes yeux !
Et Caumes disparut, sans rien dire. Il quitta le pays précipitamment pour se rendre à Montpellier, après avoir effectué un vente simulée de ses biens. Plus tard, il retourna à Saint-Rome, mais les poursuites dirigées contre lui le forcèrent à s’éloigner encore. Il se cacha alors sur le Larzac, où il fut arrêté, le 26 juillet 1844.
Le jugement, rendu par la Cour d’assises de l’Aveyron, le 18 mars 1845, condamna à la peine de mort Pierre-Alexis Caumes, pour assassinat commis sur la personne d’Alexis Caumes, son père. Son exécution se déroula à Rodez, le 14 octobre de la même année, entourée d’un cérémonial grotesque et inhumain. Nu-pieds, la tête recouverte d’un voile noir, Pierre-Alexis Caumes fut amené à l’échafaud où il écouta lecture de l’arrêt de sa condamnation avant d’avoir la tête tranchée.


Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !