L’insondable enceinte du mont Saint-Odile
Le mont Sainte-Odile est revenu au cœur de l’actualité quand, le 20 janvier 1992, à 19 heures 20, un Airbus A 320 s’écrase à proximité, faisant quatre-vingt-sept morts et seulement neuf survivants.
Sur ce site, dédié à la patronne des aveugles, connue pour apporter la Lumière, court une étrange enceinte d’une dizaine de kilomètres, haute d’environ trois à quatre mètres et large de deux, formée d’énormes blocs cyclopéens au nombre de trois cents mille.
À une époque encore mal déterminée s’ouvrit en ce lieu un formidable chantier qui exigea une main d’œuvre abondante (près de mille personnes) sur un laps de temps relativement long, eu égard au gigantisme de cette enceinte considérée comme le plus important ouvrage mégalithique existant en Europe.
Car, autant l’avouer, les archéologues se heurtent à un double mur quand il s’agit de dater cette construction et sa fonction initiale.
Longtemps, l’hypothèse la plus communément admise admet la présence d’un oppidum d’origine gauloise ou romaine, avec une possibilité de restauration du temps des invasions barbares. Mais une découverte, en 2001, suscite un nouvel engouement. La découverte de tenons en bois, prélevés entre 1873 et 1875 sur le mur et conservés au service archéologique des Affaires culturelles d’Alsace peut laisser penser, après datation, qu’ils remonteraient à la fin du VIIe siècle-début du VIIIe siècle, relançant le débat sur l’énigmatique enceinte. Sauf que cette hypothèse est largement contestée, ces tenons de bois pouvant avoir été utilisés postérieurement à la construction initiale, à l’occasion de travaux de restauration. On se perd en conjecture d’autant plus que les partisans d’un culte cosmique ne manquent pas de prendre position dans cette affaire, voyant ce mur païen remonter à l’âge du bronze et délimiter un temple voué au culte solaire et à la lumière que les autorités auraient par la suite christianisé en y implantant celui de sainte Odile. Une théorie à laquelle s’opposent les archéologues favorables à une enceinte défensive, lieu de refuge des populations autochtones. Mais, dans ce cas précis, il aurait fallu une armée particulièrement fournie pour en assurer la défense. Errare humanum est !
Quoi qu’il en soit, le mur païen, ainsi nommé par le pape Léon IX, au IXe siècle, n’a guère révélé d’informations pouvant permettre d’étayer l’une ou l’autre thèse. L’absence d’eau laisse circonspect sur une présence humaine importante venue s’y réfugier ; aucune trace de combat, d’habitat ou de matériau n’a été relevée sur le site. Un véritable mur du silence qui permet aux hypothèses les plus farfelues (piste d’atterrissage pour Martiens ayant le mal de l’air…) de s’exprimer et de faire de cette enceinte où souffle l’esprit un lieu tellurique, charger d’ondes magnétiques où d’étranges cérémonies se tiennent clandestinement.
Classée monument historique depuis 1840, le mur du mont Sainte-Odile a subi l’outrage du temps et surtout des hommes, attirés pour réutiliser ses blocs cyclopéens. Le mystère qui l’entoure lui a sans aucun doute permis d’être préservée dans l’attente que la Lumière nous éclaire sur son origine et sa fonction. Sainte Odile a encore du travail !


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