René Vignal. Les ailes brûlées d’un gardien qui ne fut pas toujours un ange

Le 16 mai 1970, la police judiciaire met la main sur un gang qu’elle serre de près depuis plusieurs mois suite à plusieurs braquages réussis dans le grand sud-ouest. Au total, vingt-sept hold-up et 65 millions de centimes qui se sont évaporés dans la nature. Un parcours qui débute en juin 1969 au Crédit lyonnais de Colomiers pour se terminer par le casse du supermarché de Langon, près de Bordeaux.

Les malfrats qui viennent de tomber dans les mailles du filet tendu par les gars de la P.J. n’appartiennent pas au milieu du grand banditisme. Du menu fretin pour tout dire. Pourtant, à l’énoncé de leurs identités, un nom les frappe : René Vignal. L’homme est loin d’être un inconnu. C’est même, à vrai dire, une ex-étoile du football des années 1950 que les policiers viennent de coffrer. Depuis l’arrêt de sa carrière en 1954, le beau René n’avait plus guère fait parler de lui. La faute à des blessures à répétition. Des rubriques mondaines où sa belle gueule et son talent alimentaient les articles des journaux, Vignal était retombé dans l’anonymat. Et le voilà qu’il resurgissait, quinze ans plus tard, dans la rubrique des faits divers.

Grandeur ! Décadence ! René Vignal n’a jamais vraiment su faire les choses à moitié. Flambeur dans les buts tout autant que dans les boîtes de nuit, qu’il fréquente assidûment. Trop assidûment ! Les femmes… le champagne… le bottin mondain et puis le Milieu qui ne rechigne jamais à se mêler aux vedettes, histoire de se draper d’une bonne réputation ! Et puis une grave blessure qui l’éloigne définitivement des terrains et la roue qui commence à tourner dans le mauvais sens. L’argent qui manque ; les amis qui s’éloignent ; les femmes qui se font moins câlines ; le champagne qui pétille moins qu’avant. Le p’tit gars de Béziers, issu d’un milieu modeste, tente bien de rebondir mais les portes se ferment ou alors René n’arrive pas à les ouvrir comme il faudrait. Emporté dans le tourbillon d’une gloire éphémère, l’international français n’a pas su protéger ses arrières. Son temps est passé. Quelques mauvaises affaires et des fréquentations douteuses… L’échec d’une reconversion… La tentation à se procurer de l’argent facile… Une nouvelle carrière débute. De gardien de but, René passe à l’attaque. Banques, supermarchés… un palmarès éloquent pour une saison de braquages. Avant d’être mis au ballon et de se retrouver à la une des journaux. Comme la déchirure d’un passé glorieux. Une nouvelle fracture dans sa vie après les dix-neuf subies sur le terrain. L’inconscience d’un acte impulsif à l’image de ses plongeons dans les pieds des attaquants, au risque de se rompre le cou.

Car, au-delà de ses frasques nocturnes, ce René Vignal, quel sacré gardien ! Un talent exceptionnel à l’état brut qui débute dès l’âge de quinze ans dans l’équipe une de Béziers avant de rejoindre Toulouse puis le grand Racing Club de France, en 1947. René Vignal vient juste d’avoir vingt-et-un ans et déjà, il fait la une des gazettes sportives. Car le garçon, malgré son jeune âge, possède un fort tempérament. Dans ses buts, René Vignal aime assurer le spectacle et éclipser partenaires et adversaires. Ses détentes prodigieuses, ses sorties téméraires, ses manchettes, ses dégagements en drop-goal à la manière d’un rugbyman et ses démarrages pour sortir dans les pieds d’un attaquant font partie de sa légende. Une légende qui se construit au fil des matches, d’une coupe de France gagnée avec le Racing en 1949 aux dix-sept sélections en équipe de France qui lui donnent une aura internationale. Car les spectateurs n’ont d’yeux (Dieu) que pour celui qu’un jour d’avril 1949, les Ecossais ont surnommé « the flying french man ». De quoi donner des ailes à cet ange gardien ! Des ailes de gloire qu’il n’est pas préparé à assumer. Un terrain glissant loin des applaudissements du public. Une image de marque qui s’étiole et l’éloigne de son but.

Aujourd’hui, à 87 ans, René Vignal ne regrette rien. Il continue de vivre sa vie, en banlieue toulousaine, comme une forme de destin préfiguré sur lequel il n’a jamais eu d’emprise. Une vie entre souvenirs glorieux et descentes en enfer. Mais une vie sans regrets pour René le fataliste : « Je crois toujours, se confie-t-il au journaliste de So foot, que ce qui doit arriver arrive. »

Ses dix ans de mise à l’ombre à la prison de Muret entre 1971 et 1981 ne seraient-elles alors qu’une parenthèse ? Le prix fort à payer pour s’être brûlé les ailes ? Au numéro d’écrou 1563 collé à son statut de prisonnier, l’histoire préfère celui du numéro 1 cousu sur son maillot de gardien.

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