Romance du Sauvage de l’Aveiron

Quoi ! vous m’arrachez aux forêts

Et du berceau de la nature !

Cet ombrage, cette onde pure

Ont tant de droits à mes regrets :

Quoi ! vous êtes épouvantés ?

Ils ont protégé mon enfance,

Rempli mes besoins et mes goûts.

Et j’irais vivre parmi vous !

Qui défendrait mon innocence ? (bis)

A peine ai-je le souvenir                                             Vous êtes plus infortunés,

De ceux qui m’ont donné la vie.                                 Vous qui me vantez la sagesse ;

Si, poussés par la barbarie,

A tous les maux de la vieillesse

Des monstres ont pu me bannir ;

Le luxe vous a condamnés :

Dieu prit pitié de ma misère,

Par les vices l’âme est flétrie.

Et de son soleil bienfaisant,                                         Quel droit avez-vous sur mon sort ?

Il réchauffa mon cœur mourant :                                 Sans vous j’eusse attendu la mort,

Vous demandez quel est mon père ? (bis)                   Exempt des remords de la vie. (bis)

Lorsque, sous un fer assassin,                                     Tantôt de la divinité

Mon sang coula par vingt blessures                            Vous reconnaissez l’existence ;

Touché de mes tendres murmures,

Et tantôt, dans votre insolence,

Il fut encor mon médecin.

Il n’est qu’une fatalité.

Celui qui dit à la tempête,                                           Venez dans ce désert sauvage,

« Ménage les petits oiseaux, »

Où, sans appui, sans vêtement,

Etendit sur moi les rameaux                                        J’ai trouvé le Dieu bienfaisant

Qui doivent protéger ma tête. (bis)                             Qu’a nié votre Aéropage. (bis)

Bientôt et les fleurs, et les fruits,                                 Là, j’ai vu, pendant quatre hivers,

Et l’espérance me délaissent ;                                      Le ruisseau pris par la gelée ;

Sous les autans, qui les dessèchent,                             Sur cette roche désolée

Mes membres restent engourdis.                                  Le Cormoran fit ses concerts :

Une grotte vaste, profonde,                                          Bientôt pour moi, dans le bocage,

M’offre les douceurs de l’abri ;                                    Le soleil verse tous ses feux ;

C’est dans cette asile chéri,                                           L’onde coule ; plus amoureux,

Que j’échappe aux tyrans du monde. (bis)                    Le Rossignol fait son ramage. (bis)

Mais quel fut mon étonnement,                                    O toi, qu’ils osent insulter,

Quand la terre, défigurée                                               Prends pitié de leur ignorance.

Par la neige d’une soirée,                                              Si comme moi, dans le silence,

Semblait toucher au firmament :                                   Ils avaient pu te méditer,

« Epargne l’asile modeste                                             Dans le moindre de tes ouvrages

« De l’orphelin infortuné,                                              Ils eussent reconnu tes traits.

« Par l’univers abandonné :                                           Le philosophe des forêts

« Ne faut-il pas que dieu lui reste. » (bis)                En sait bien plus que tous leurs sages. (bis)

Une nuit, dans l’obscurité,                                             Et toi qui cherches dans mes goûts

Les yeux en feu, vers moi s’avance                                De l’homme brut les habitudes,

Un loup, dont l’horrible présence…                               Cesse tes frivoles études ;

Quoi ? vous êtes épouvantés ?                                       Viens, allons vivre avec les loups,

Ma main désarme sa colère ;                                           Leur amitié n’est point perfide :

Soyez désormais sans effroi :                                          Si le besoin les rend cruels

Il me flatte, il veille pour moi :                                       C’est l’avarice des mortels ;

Vous demandez quel est mon père ? (bis)                      Le loup n’est point infanticide. (bis)

Adieu ruisseaux, grottes, forêts,

Adieu sensible tourterelle !

Un jour tu vins à tire d’aile

Me conter tes tendres regrets ;

Sur ta compagne déchirée

Tu voulais mourir de douleur :

Le ciel te garde du chasseur,

Qui m’a tiré de la ramée. (bis)

 

Paroles de Pierre-Jean Bonnet-Jalenques

Air : « Peut-on goûter quelque repos au sein d’une terre étrangère » ?

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