Le Vel d’Hiv’ : la piste aux étoiles tragique
Il existe des lieux qui sont incrustés dans notre mémoire collective. Résonance d’histoires qui ont laissé leur A.D.N. comme un héritage. Le sport n’échappe pas à cette quête du souvenir. Des noms ont laissé leurs traces. Elles nous conduisent à remonter le temps jusqu’à la scène de leur théâtre.
Si la musique possède son temple avec l’Olympia, le sport, lui, fait le spectacle au vélodrome d’hiver. Faisait plutôt, car cette grande scène sportive sera détruite en 1959, laissant place, ironie du sort, à l’immeuble de la DST après avoir été le terminus, de la part de la gendarmerie française, de la plus grande rafle menée contre les Juifs en France.
Son histoire remonte un demi-siècle auparavant. Où l’on retrouve une fois de plus Henri Desgrange. L’ex-recordman de l’heure, propriétaire du Parc des Princes et concepteur du futur Tour de France, veut offrir au coeur du Paris populaire, à un public de plus en plus passionné par le vélo, une salle permanente dans laquelle les champions viendront se produire sur la piste et faire le spectacle. Avec, en filigrane, l’idée de faire grimper les ventes de son journal.
Au début du XXe siècle, Paris n’a pas encore tout à fait éliminé les constructions provisoires réalisées à l’occasion de L’Exposition Universelle de 1889. La tour de Gustave Eiffel domine toujours le Trocadéro, déchaînant les passions entre les partisans de son maintien et ceux qui veulent la démonter, poutre métallique par poutre métallique, boulon par boulon. Pareil dilemme ne se pose par pour la Galerie des Machines. Sauf pour Henri Desgrange qui voit dans ce bâtiment, édifié sur le Champ de Mars, le vélodrome idéal, moyennant quelques aménagements. Desgrange a vu juste. Dès son inauguration, le 21 décembre 1903, le vélodrome connaît un vrai succès populaire. On s’y déplace en famille voir les coureurs se tirer la bourre sur la piste en bois. Pas pour longtemps toutefois ! Le terrain du Champ de Mars sur lequel le vélodrome a été construit appartient à l’Armée. La Grande Muette est bien décidée de le récupérer et de démolir l’édifice afin de dégager la vue devant l’Ecole Militaire. Desgrange doit s’incliner mais ne s’avoue pas battu. Il a repéré un espace disponible à l’angle du boulevard de Grenelle et de la rue Nélaton. Là sera bâti le nouveau vélodrome. Une enceinte de 17 000 places, des gradins en béton ou en brique, une piste en bois de sapin de 250 mètres avec des tournants tellement relevés qu’on les appelle « les Falaises », une aire centrale bétonnée, une gigantesque verrière et 1235 lampes : Paris peut rivaliser avec ce qui fait de mieux outre-Manche et outre-Atlantique. Une magnifique réalisation qui toutefois possède encore, le jour de l’inauguration, le 13 février 1910, les pieds dans l’eau. Car la capitale n’a pas encore fini de sécher les plaies de la terrible inondation qui vient, quelques jours plus tôt, d’envahir ses rues, ses ponts et jusqu’à son métro, offrant le spectacle d’une petite Venise éphémère où l’on navigue en barques.
Les grandes heures du Vel d’Hiv’ peuvent débuter et il est rapidement de bon ton de s’y montrer. Calqués sur le modèle importé des Etats-Unis, les Six Jours de Paris, créés en 1913, se déroulent dans une ambiance bon enfant. Bourgeois guindés et dames en robes du soir côtoient les ouvriers gouailleurs au son du piano à bretelles d’Yvette Horner et des commentaires du speaker. Sur la piste, les coureurs enfilent les tours, attentifs aux primes qui peuvent descendre des gradins. Le vélo y est roi mais n’occupe pas seul la place. Des combats de boxe, du hockey sur glace, des concours hippiques, des défilés de mode et même des corridas se déroulent dans l’enceinte du vélodrome parisien. Jusqu’à ces jours funestes de juillet 1942 où 12884 Juifs, raflés dans l’agglomération parisienne par les gendarmes français, sous ordre des Nazis, se retrouvent parqués dans l’enceinte du Vel d’Hiv’ avant d’être évacués vers des centres de transit, ultime étape, dans la nuit et le brouillard, vers les camps d’extermination.
Tragiques journées qui voient l’ombre des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants restait à jamais attachée à ce lieu, devenu un lieu de mémoire malgré sa disparition, en 1959.


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