La complainte de Marie Frisquette. 1840

Approchez tous, petits et grands, Dès que j’entendis murmurer
Pour assister à mon supplice En disant que j’étais coupable,
J’ai commis des crimes bien grands, De suite je fus me cacher
Qui sont punis par la justice ; Avec mon chien dans une étable ;
Vous ne pourrez voir sans frémir Ce pauvre animal pour certain
Le sujet de mon repentir. Me consolait dans mon chagrin.
Je quittai souvent la maison Quatre gendarmes bien armés
Sans écouter ma tendre mère ; Viennent pour saisir ma personne
Je fuyai les sages leçons Mais mon chien, les crocs acérés,
Que me donnait mon très-cher père Les voit venir, rien ne l’étonne,
Jeunesse, écoutez le récit Voyant son énorme grosseur
Où la débauche m’a conduit. Tous les gendarmes en eurent peur.
Je fus mariée à trente ans Je lui dis vite mon Médor,
A un époux nommé Boureille, Protège ta chère maîtresse,
Il était père d’un enfant, On vient pour lui donner la mort,
Peut-on avoir idée pareille ; Rappelle-toi toutes ses caresses ;
Et pour mieux m’en débarrasser Hélas ! Malgré tous ses efforts
Je conçus de l’empoisonner. Mon pauvre chien fut mis à mort.
Le souper était préparé Les douleurs de l’enfantement
A la façon de ma cuisine ; M’accablent à la prison obscure,
L’arsenic me fut délivré, Je mets au monde deux enfants
Des mains de mon très-cher Douine Qui font horreur à la nature,
Mais Dieu permet que le garçon Mais le plus grand de mon chagrin
Echappe aux fureurs du poison.
C’est de quitter mon pauvre chien.
Me voilà donc sur l’échafaud
Pour périr d’après ma sentence,
Je livre ma tête au bourreau,
Ah ! Quelle horrible pénitence,
Je souhaite que mes malheurs
Retentissent dans tous les cœurs.
Paroles. Inconnu – Air de Judith
Imprimerie de Saillard, Bar-sur-Seine
Cette complainte raconte la fin tragique de Marie Frisquette qui empoisonna son mari pour vivre avec son amant, Jean Douine. Condamnée à la peine de mort, Marie Frisquette fut exécutée à Laguiole en 1840, en présence de vingt mille personnes, accourues pour voir la guillotine, déplacée pour l’occasion de son local de la rue de la Bullière, à Rodez.


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