Complainte du Léontou. 1912

 

Le sinistre Lacombe                                                            Gouailleur il raconte

Ce farouche bandit                                                              En partie ses forfaits

Qui creusa tant de tombes                                                   Et s’en vante sans honte.

Le 12 mars, un mardi                                                           Il cite ses méfaits

Par d’habiles policiers                                                         Tous ces crimes sans nom

Est enfin arrêté.                                                                   Car c’est un fanfaron.

Inspecteurs de police                                                           C’est à Decazeville,

Carré et Lerroyer                                                                 Qu’il tue, ce malfaiteur,

Se trouvaient de service                                                      Et dans son domicile

A la fête du quartier.                                                           Un contre-maîtr’mineur

Remarquèrent à l’instant                                                    Le pauvre ALBERT ARTON

Les traits de ce brigand                                                       Est frappé sans pardon.

L’un court chez le commissaire                                          Le receveur des postes,

Chercher le signalement,                                                     Un soir fut attaqué,

Alors le secrétaire                                                                A Bezons, dans son poste

Dit : c’est le chenapan ;                                                       Par trois hommes masqués.

Ils s’élancèrent alors                                                            C’est Lacombe, sans pitié

Sans souci de la mort.                                                          Qui tue Monsieur Cartier.

Quand il sent qu’on le touche                                              Descendant de voiture

Alors il se débat                                                                   En gare des Aubrais,

Violemment, le farouche,                                                    On veut, la chose est sûre

Mais le vil scélérat                                                              Contrôler son billet,

Cette fois qu’il est pris                                                        Mais il tue : le bandit,

Il rassure Paris.                                                                    Le contrôleur Terry !

 

On trouve sur Lacombe                                                       Enfin son dernier crime

Deux énormes brownings,                                                   Passage de Clichy,

Puis encore deux bombes                                                    Sa nouvelle victime

Qu’étaient sur l’assassin.                                                    Fut un de ses amis.

De quoi pulvériser                                                               Le libraire Ducret

Un quartier tout entier.                                                        De deux coups fut frappé.

Morale

C’est pour Léon Lacombe

Qu’il faut le couteau.

Qu’un matin il succombe

De la main du bourreau.

Qui tue du revolver

Doit finir par Deibler.

Paroles de Ferdy – Air du Juif errant

 

Le contremaître Artous, chef des travaux à la mine de la Planquette, près d’Aubin, cherche le sommeil lorsqu’un bruit étrange, semblant provenir du poulailler, le fait se dresser sur son lit. Sa basse-cour a déjà fait l’objet de plusieurs tentatives de vol au cours des mois précédents ; cette fois, le contremaître veut en avoir le cœur net. S’habillant prestement, il met le nez à la porte et scrute l’obscurité, un revolver dans sa main droite. Rien ne bouge ! Le contremaître s’apprête à regagner son lit quand il voit une ombre se faufiler au fond du jardin. Monsieur Artous n’hésite pas un instant et se lance à ses trousses sans réfléchir aux dangers qu’il peut encourir. Soudain, il reçoit un coup formidable derrière la nuque et s’écroule à terre. Deux balles de revolver dans la tête l’étendent pour le compte.

La victime, bien connue dans la région, laisse une veuve et deux enfants.

Une enquête longue et minutieuse débute pour confondre le coupable. Certes, les indices sont rares et les témoins inexistants. Néanmoins, les gendarmes s’orientent vers le milieu des maraudeurs de basse-cour et de petites rapines en tout genre. Trois semaines plus tard, la presse, particulièrement discrète depuis le début de l’affaire, révèle que des soupçons sérieux pèsent sur un certain Henri Larroque, trente et un ans.

Questionné, Larroque nie d’abord tout en bloc. Puis il avoue : il s’est bien rendu, le soir du 29 janvier 1912, à la maison de M. Artous, mais son rôle, affirme-t-il avec force, s’est borné à vider le poulailler de ses occupants. C’est son complice qui a tué l’infortuné M. Artous au moment où lui-même s’enfuyait à toutes jambes.

Le meurtrier, Léon Lacombe, dit le Léontou, est bien connu des services de police pour des affaires illicites et ses convictions politiques.

Au retour de son service militaire, Lacombe s’était mis à fréquenter le milieu anarchiste qui tente de s’implanter dans ce vivier de révoltes, cultivant le souvenir de la tuerie d’Aubin et de l’affaire Watrin, en attendant l’arrivée prochaine du « Grand Soir ». Lecteur assidu du Libertaire, le Léontou penchera très vite en faveur des illuminés de la dynamite, dont la presse rapporte largement les exploits à la fin du xixe siècle.

La vie de Lacombe bascule quand il est renvoyé de la mine pour le vol d’une montre à gousset disparue dans le vestiaire. Le géomètre en chef, M. Artous, le confond facilement en organisant une fouille individuelle. Nul doute que Lacombe lui voue dès lors une rancune tenace. L’occasion de se venger se présente le soir du 29 janvier 1912 : Lacombe l’assassine froidement, au nom de la Liberté ! Restait maintenant à trouver l’assassin…

C’est en douceur qu’il est cueilli à la fête de la Villette, le 11 mars 1913. Lacombe sent soudain deux mains l’empoigner fermement par les épaules, l’empêchant de faire un geste. Des policiers en civil l’ont repéré depuis plusieurs heures.

Le lendemain, le juge le fait transférer à la prison de la Santé. La police a bien travaillé. À l’ombre, la cause des anarchistes illégalistes n’intéresse plus personne !

Léon Lacombe, sachant le sort que la justice lui réserve, décide une bonne fois pour toutes d’en finir avec la société. Ce sera lui, et lui seul, qui fixera l’heure et le choix de sa mort et non un jury, fut-il populaire !

Le 5 avril, Lacombe fausse compagnie à ses gardes, au cours d’une promenade. Il grimpe sur le toit de la prison. L’anarchiste sait qu’il n’avait aucune chance de s’évader. Il veut simplement mourir les armes à la main, dans un dernier pied de nez aux autorités.

À 11 h 30, comme il l’a annoncé, Lacombe grimpe au sommet du toit et se jette dans le vide en criant « Vive l’anarchie ! » Ce seront ses derniers mots.

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