Le Palais Social de Godin
Folie d’un homme fortuné, douce utopie du XIXe siècle ou modèle de société ? Le Familistère de Guise est né de la volonté de Jean-Baptiste-André Godin, modeste artisan, qui eut l’idée géniale de remplacer la tôle des poêles par de la fonte. Son patronyme, devenu éponyme, est célèbre mais qui connaît le Familistère, cité visionnaire qu’il a voulu appeler son « Palais Social » et qui reste une des réalisations architecturales les plus singulières du siècle ?
Godin est un humaniste. Il imagine pour ses ouvriers un lieu de vie idéal avec des conditions de confort et d’hygiène exceptionnelles pour l’époque : « Ne pouvant faire un Palais de la chaumière ou du galetas de chaque famille ouvrière, nous avons voulu mettre la demeure de l’Ouvrier dans un Palais ; le Familistère, en effet n’est pas autre chose, c’est le Palais du Travail, c’est le Palais social de l’avenir. »[1] La cité construite à côté de l’usine, à Guise au bord de l’Oise, est classée monument historique en 1991 et reste aujourd’hui un lieu de référence pour l’histoire du logement. Édifiée en forme de « U », rappelant le plan de Versailles, ce sont trois pavillons pouvant héberger jusqu’à mille sept cent cinquante personnes avec cinq cents logements qui s’articulent autour d’une cour centrale, véritable lien social au cœur du familistère. Ouvriers et cadres bénéficient du même confort qu’on peut qualifier de révolutionnaire en ce milieu du XIXe siècle : eau chaude et froide, éclairage au gaz, accès à une piscine chauffée pour que les enfants apprennent à nager. Le volet social est largement développé : jardins ouvriers, jardins d’agréments, écoles mixtes et obligatoires jusqu’à quatorze ans, garderie, théâtre et coopérative d’achat pour l’épicerie qui fait grincer les dents des commerçants de Guise. Ajoutées à ce bien-être matériel, une caisse d’assurance maladie et une caisse de pensions pour les retraités, les veuves et les orphelins, assurent aux chaudronniers picards un niveau de vie habituellement réservé aux bourgeois. L’aspect technique est visionnaire. C’est ainsi que les eaux ayant servi à refroidir les machines dans l’usine alimentent les robinets en eau chaude, que la cour intérieure est naturellement tempérée par un système ingénieux de thermorégulation et que les appartements sont modulables pour s’adapter à l’agrandissement de la famille.
La démocratie est établie en règle de vie, les orientations industrielles sont débattues dans l’enceinte du théâtre, les femmes ont le droit de vote alors qu’il faudra attendre une centaine d’années encore pour que la République leur reconnaisse ce droit ! Quelques années avant sa mort, Godin crée l’Association coopérative du Capital et du Travail. Les associés deviennent alors collectivement propriétaires des immeubles tout en restant individuellement locataires de leur appartement.
Ironie du sort c’est en 1968, alors qu’un vent de contestation souffle sur la France, que l’Association est dissoute, mettant fin à la plus longue autogestion de l’histoire.
Département de l’Aisne. Guise. Une quarantaine de kilomètres au nord de Laon.
[1] Jean-Baptiste-André Godin : La Richesse au service du peuple, le Familistère de Guise. 1875.


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