Le désert de Retz
On ne peut réduire le parc anglo-chinois de Chambourcy à la seule folie d’un homme qui a bien failli périr guillotiné sous la Terreur. Le Désert de Retz, imaginé au XVIIIe siècle par le comte François Racine de Monville, est d’abord une promenade esthétique dans un lieu magique qui fut fréquenté par la comtesse du Barry et Marie-Antoinette, toutes deux conquises par cet endroit exquis, loin des bassesses de Versailles. Le fortuné comte y fit construire une vingtaine de pavillons appelés « fabriques », entourés d’essences rares venues des quatre coins du monde. Il rêvait « d’un paradis où tous les hommes, toutes les architectures et toutes les civilisations sont réunis ».
« La colonne détruite », volontairement lézardée, du haut de ses quinze mètres, invite à la pensée philosophique. Cette extravagante réalisation a pour mission de rappeler la fragilité du monde et son imperfection. De Monville, en homme lettré, veut exalter la Connaissance, magnifier la réflexion née du Siècle des Lumières afin que son parc devienne un espace d’enchantement et de culture rare. L’homme, libertin autant qu’esthète, donne ici des fêtes somptueuses, prétextes à des rendez-vous galants qui rendent le lieu incontournable.
Après la Révolution, le désert de Retz s’enfonce peu à peu dans la décrépitude. Le coup de cœur de Colette qui en fait « son paradis terrestre » ne suffit pas à le sauver, comme ne suffit pas le classement en 1941 aux Monuments historiques. Malraux, ministre des Affaires culturelles, s’émouvra de l’état d’abandon du désert et prendra cet exemple pour plaider la nécessité d’une loi en faveur du patrimoine.
Ce site raffiné est désormais propriété de la commune de Chambourcy, consciente de l’indispensable restauration du plus célèbre jardin d’Île-de-France.
Département des Yvelines. Chambourcy.


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