François Michaud : un Masgot aux pierres précieuses
Au cœur de la Creuse, le hameau de Masgot recèle l’un des plus précieux trésors de l’art brut. L’un des plus anciens aussi, contemporain du facteur Cheval.
C’est dans ce département où les migrations saisonnières envoient chaque année, de mars à novembre, ses armées de maçons et de tailleurs de pierre reconstruire le Paris du baron Haussmann que naît, en 1810, François Michaud.

De l’homme, seules des bribes de vie nous parviennent, tirées de quelques documents épars. La vie d’un simple. Maçon et tailleur de pierre bien sûr comme le veut la tradition creusoise. Agriculteur aussi quand le retour au bercail nécessite de travailler la terre héritée des ancêtres. Une terre ingrate aux productions parcimonieuses. Des idées républicaines plein la tête également, glanées sur les chantiers parisiens où fleurissent les pensées fouriéristes et socialistes.
Tel est sans doute François Michaud. Homme ordinaire qui cultive l’ardeur au travail et la beauté de l’œuvre accomplie sans exclure un certain talent. Mais l’exaltation à produire une œuvre personnelle dépasse sa simple dimension d’ouvrier, le différenciant des autres membres de sa corporation. Quel en fut le détonateur ? Dans quel but ? François Michaud n’a rien laissé de ces questionnements. S’est-il seulement posés toutes ces questions ? Seule lui incombait la réalisation de son rêve… pour laisser une trace sans doute de son passage, de ses valeurs et de ses pensées. Où l’on retrouve le facteur Cheval !
Le sculpteur de granit aurait pu se satisfaire de son jardin pour y implanter ses statues. Un espace trop restreint pour qui veut véhiculer ses idéaux républicains auprès de ses concitoyens. Masgot se transforme alors en un musée à ciel ouvert au fil des réalisations qui égrènent le hameau. Si le profane n’y voit qu’un simple cheminement, le spécialiste détecte dans l’œuvre accomplie trois grandes étapes : un bestiaire rural, inspiré de son environnement ; des allégories républicaines ; des personnages historiques enfin (Napoléon, Jules Grévy) sans compter les énigmatiques rébus et inscriptions gravés ici ou là.
Mort en 1890, François Michaud a légué son oeuvre à la postérité. La désertification du monde rural et l’abandon du hameau à la folle ivraie auraient pu avoir raison des sculptures du tailleur de pierres creusois. Mais grâce à l’association « Les Amis de la Pierre de Masgot », créée en 1986, le visiteur peut désormais vagabonder au fil des sculptures de l’enfant du pays et y retrouver le sens profond de sa vie et de ses pensées.
« Après la mort il n’y a rien et la mort elle-même n’est rien. »
François Michaud.
Département de la Creuse. Fransèches. Hameau de Masgot. Une trentaine de kilomètres au sud-est de Guéret


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