La maison Picassiette ou le Rêve réalisé

Embellir la vie ; parsemer le quotidien de fleurs et d’étoiles et créer un véritable joyau  inondé de mille éclats de soleil, telle fut l’ambition de Raymond Isidore, au  surnom évocateur de Picassiette, le balayeur du cimetière de Chartres. Cet homme humble a sublimé son univers, laissant libre cours à sa fantastique imagination. Trente ans durant,  il a manipulé des millions de débris de vaisselle pour en recouvrir les murs de sa maison, le toit, les meubles et inventer son jardin.

Son quotidien s’habille alors de chimères. Des personnages de la vie rurale côtoient des animaux à la fois étranges et familiers. La Joconde n’est pas très loin de Landru et le profane se mêle au religieux dans une alchimie originale. Son terrain est peuplé de statues, de monuments célèbres qu’il ne visitera jamais. Plus loin, on découvre avec bonheur la chapelle, la « cour noire » et le tombeau qui trahissent l’influence forte du spirituel chez cet homme discret qui confie à un journaliste : « Mon jardin, c’est le Rêve réalisé ; c’est le rêve de la vie où l’on vit en esprit dans l’éternité. »

Le plus petit débris de faïence devient un matériau noble transcendé par sa main, lui qui avoue n’avoir jamais su dessiner. Tout éclat de verre est alors indispensable à l’œuvre de toute une vie car il s’agit bien ici d’œuvre d’art. Art brut  où l’on retrouve les autodidactes géniaux, les artistes inclassables, tous ceux qui ignorant les valeurs culturelles traditionnelles « subliment leur mal-être dans la création artistique ».

Les quolibets railleurs et méprisants alors qu’il fouille poubelles et décharges à la recherche de vaisselle cassée le blessent profondément. Il s’isole alors davantage dans son monde, laissant libre cours à l’accomplissement de ses rêves en mille morceaux.

Œuvre d’art à la fois populaire et naïve, la maison d’Isidore est un lieu incontournable sur les hauteurs de Chartres ; un lieu à part classé monument historique en 1983, presque vingt ans après qu’une sombre folie eut emporté son créateur, lequel avouait avoir suivi son esprit « comme on suit un chemin ».

Département de l’Eure-et-Loir. Chartres.

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