La demeure du Chaos, zone apocalyptique

Selon le New York Times, elle est « une des aventures artistiques les plus fortes du XXIe siècle ». Pour les paisibles habitants de Saint-Romain, il s’agit d’une agression visuelle intolérable. La demeure du Chaos ne peut laisser personne indifférent. On crie au génie ou au fou, mais on crie toujours. « Une oeuvre d’art qui ne dérange pas n’en est pas une », assure son créateur, le richissime Thierry Ehrmann et si la qualité de l’œuvre se mesure en nombre de plaintes et de procès intentés, celle-ci est sans conteste un chef-d’œuvre.

À peine la grille franchie, le visiteur sombre dans une atmosphère lugubre « insufflée par l’esprit de la salamandre », emblème entouré de coulées de lave qui lui rappelle qu’il entre dans une zone incontrôlable, une zone de « tous les possibles ». Par la fantaisie de son propriétaire, la maison bourgeoise du XVIIe siècle offre désormais un spectacle d’apocalypse : ce ne sont que murs éventrés, carcasses de voitures calcinées, engins gigantesques exhibant sans pudeur leurs charpentes métalliques aux regards angoissés. Des squelettes d’acier s’élèvent dans le ciel, rejoints dans cette conquête spatiale par d’improbables tuyaux géants. C’est la guerre ! une « sorte de no’man’s land militaire » est ici imaginé avec ses blockhaus taggués, ses tanks rouillés, une épave d’avion et des éclaboussures de peinture rouge sur les murs noircis. Œuvre de déconstruction, demeure philosophale, trou noir, autant d’appellations que le surprenant Thierry Erhmann, applique à cet étrange univers. Tragique miroir de notre époque, le chaos du milliardaire « le plus allumé de France » évoque à la fois les attentats du onze septembre et les guerres du Proche-Orient pour procéder « à un effacement complet de la présence bourgeoise ». La salamandre s’affiche sur tous les supports. Elle incarne le symbole de la résurrection et de l’éternité, seul message d’espoir dans ce monde mortifère, œuvre géante et collective, atelier unique rassemblant plus de trois mille créations rappelant La Factory,ouverte à New-York par Andy Warhol.

Alchimiste des temps modernes, l’artiste plasticien passionné d’ésotérisme a créé le Chaos, premier élément du Grand Œuvre pour transformer en chantier permanent sa grande bâtisse et peut-être se transformer lui-même.

Homme d’affaires redoutable à la tête d’une multinationale, artiste visionnaire, Thierry Ehrmann a su faire de sa demeure un hallucinant musée à ciel ouvert où convergent chaque année cent vingt mille  visiteurs.

« Mais jusqu’où va-t-il aller ? », s’inquiètent ses voisins. Lui nous promet l’apothéose… 

« L’art est délivrance, même dans la souffrance ; mais aux yeux de ceux, parias,
qui n’ont pas le sens intime de la liberté de l’esprit, l’art est le crime. »

Georges Rouault

Département du Rhône. Saint-Romain-au-Mont-d’Or. Banlieue ouest de Lyon.

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