La basilique inachevée

Un curé de campagne un peu « original » qui se prend pour un bâtisseur de cathédrale au début du XXe siècle ; des villageois enthousiastes qui se sentent investis d’une mission divine : il n’en fallait pas plus pour que sorte de terre un projet pharaonique  pour cette petite paroisse du Tarn-et-Garonne.

Quand l’abbé Garibaud est nommé à Léojac en 1927, il ne cesse de se lamenter sur l’état de la vieille église, jugé indigne « du Maître de la Terre et des Cieux ». L’homme a des qualités incontestables dans l’art de la communication et en quelques sermons bien tournés, il convainc ses paroissiens et l’évêque de l’urgence de construire une nouvelle église à la gloire du Tout Puissant. On peut lire dans son journal l’Almanach Catholique, une description catastrophique de la vieille église : « Située dans un bas-fond humide et malsain, avec ses murs bas et crevassés… fenêtres étroites, plafond bas et délabré… murs vétustes ».  En l’an de grâce 1937, le village est rassemblé et le vénérable abbé « trace à la charrue, en pleine terre, le contour de la basilique, bénit le lieu et n’eut de cesse qu’une grande croix faite avec deux sapins ne s’élève à l’emplacement du chœur ». Dans l’exaltation générale, pelles et pioches en mains, les paysans creusent en quelques jours les profondes fondations, jusqu’à 2 mètres 50 pour le clocher.

La basilique se veut romane avec quelques pointes de gothique et surtout affiche des dimensions ambitieuses : 32 mètres de long pour 14 de large, l’ensemble soutenu par quarante-huit colonnes qui s’élanceront à la conquête du ciel. Moins d’un an après le début des travaux, l’abbé Garibaud plante victorieusement le drapeau tricolore à 36 mètres de hauteur, près du clocher. La gloire est proche.

Quelques grincheux s’alarment toutefois que le terrain sur lequel s’élève l’étrange édifice est une propriété privée ; que le devis de quatre cent mille francs est largement dépassé et qu’on approche des un million deux cent mille francs de dépense ! L’Évêché s’inquiète, le bon peuple aussi. Le curé multiplie les initiatives pour remplir les caisses, lance des souscriptions et pour un peu vendrait des indulgences.

Pas de miracle pour Léojac, le rêve se termine en août 1938. La douce France a d’autres soucis et le projet est abandonné.

Et c’est ainsi que le squelette de l’église Sainte-Thérèse, carcasse saugrenue en béton mangée par les mauvaises herbes, dresse son absurde silhouette sur les coteaux des Farguettes, sous les regards curieux des touristes.

Département du Tarn-et-Garonne. Léojac.

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