Le plancher de Jeannot le Béarnais

Le plancher de Jeannot est un cri de détresse ; un hurlement de douleur extirpé des profondeurs de la solitude d’un homme torturé.

Jeannot a vingt ans quand il revient d’Algérie dans sa ferme familiale du Béarn. Il apprend alors que son père s’est pendu. Au village, on parle de collaboration, d’inceste…

Resté seul avec sa mère et sa sœur, il s’isole complètement. Cultures et bêtes sont abandonnées. Jeannot passe ses journées à faire de mystérieuses rondes autour de la propriété, le fusil en bandoulière, menaçant de tirer à chaque visite.  En 1971, la mère meurt, les enfants la « réchauffent » plusieurs jours devant la cheminée et finissent par l’enterrer sous l’escalier de la maison. L’épreuve est trop lourde pour ce fils au désespoir muet qui finit par se laisser mourir de faim. Il a trente trois ans.

La mort de sa sœur, retrouvée quelques années plus tard dans la porcherie, aurait pu clôturer ce sombre drame paysan s’il n’y avait eu le plancher…

Vingt ans ont passé… la maison est en vente. Un brocanteur découvre sous une épaisse couche de crasse le plancher de Jeannot. Malheureux à en crever, le fils a passé ses derniers jours, un couteau à la main, à graver sa douleur sur quinze mètres carrés de parquet. Ce sont quatre-vingts lignes de phrases hallucinantes, incrustées au sol avec la rage d’un homme désespéré. Témoignage posthume d’un artiste génial ou délire d’un homme malade, mais qu’importe ! C’est une œuvre ultime, d’une pure beauté, qui soulève une émotion d’une rare intensité.

« La religion a inventé des machines à commander le cerveau des gens et bêtes et avec une invention à voir notre vue à partir de rétine de l’image de l’œil abuse de nous santé idées de famille matériel biens pendant sommeil nous font toutes crapulerie l’Eglise après avoir fait tuer les juifs à Hitler a voulu inventer un procès type et diable afin prendre le pouvoir du monde et imposer la paix aux guerres l’Eglise a fait les crimes et abusant de nous par électronique nous faisant croire des histoires et par ce truquage abuser de nos idées innocentes religion a pu nous faire accuser en truquant postes écoute écrit et inventer toutes choses qu’ils ont voulu…»

« Imaginez un jeune type, tout seul à quatre pattes dans sa piaule, en train de graver ses délires dans le sol : Jeannot s’est crucifié lui-même sur ce plancher. »

Professeur Jean-Pierre Olier.

Paris. Hôpital Sainte-Anne. 7, rue Cabanis. XIVe arrondissement.

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