L’énigmatique Tanière de la marquise d’Espinay
Manoir diabolique pour les uns ; sanctuaire de la dépravation des mœurs et de la légèreté féminine pour les autres, la Tanière de la marquise d’Espinay, située en bordure d’un petit lac, ne laissa aucun de ses contemporains indifférents. Faut dire que la jeune femme, gâtée par un veuvage précoce qui la laisse dans l’opulence, ne manque pas, entre 1837 et 1862, de se faire remarquer par toute la contrée. Ne peut être que diabolique une femme qui s’habille en homme, à la manière de Georges Sand ! Qui plus est quand elle s’entoure d’un chien qui ressemble à un loup ! Aussi, quand la rumeur court le pays que l’intérieur de l’austère bâtisse est orné d’un crâne humain pour servir de coupe et d’un cadre portant tibias, tête de mort et chauve-souris, chacun crie à la sorcellerie. Mais la belle Sophie-Herminie d’Espinay n’a cure des médisants. Qu’importe qu’au village, elle ait mauvaise réputation. Celle qui signe une quinzaine d’ouvrages en vers et en proses sous le pseudonyme de Jules de La Tanière s’adonne aussi au jeu de l’amour et du hasard.
De quoi nourrir les tenants de l’ordre d’éloigner la marquise du péché de la tentation. Prétextant des méfaits tenus par un escroc du nom de Jules de La Tanière, l’énigmatique Sophie-Herminie est arrêtée par le maire de la commune qui ne souffre guère les excentricités de son administrée. Mal lui en prend ! La marquise, dont les charmes s’aventurent jusque dans les ministères, ne fera pas de vieux os en prison. Prestement libérée, elle s’en retourne dans sa Tanière où elle se terrera jusqu’à l’âge de quarante-sept ans, date de son décès.
Département de l’Orne. Tessé-la-Madeleine. Lieu-dit La Montjoie.


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