La forêt enchanteresse de Brocéliande

La forêt a de tout temps exercé sur les hommes une grande fascination. L’obscurité des sous-bois, fermant les portes du ciel aux regards des humains qui s’y perdent, engendre la crainte d’être absorbé par les arbres menaçants, capables dans notre imagination claustrale, de se transformer en êtres surnaturels et maléfiques. C’est au plus profond de son antre que le Petit Poucet est abandonné à son sort et c’est encore au coeur d’une clairière que le Diable donne rendez-vous pour le sabbat.

Merlin et Viviane sous un chene dans la foret de Broceliande. La fee Vivianne essaye de seduire l’enchanteur Merlin pour lui arracher tous ses secrets. Gravure de Gustave DORE in Les Idylles du Roi par Tennyson, 1869. Credit Collection Kharbine Tapabor.

Tout autant, la forêt peut se révéler accueillante et protectrice. Ermites et abbayes viennent y chercher la paix de l’âme et le silence à la méditation. Tout comme les druides qui y coupent le gui sacré, réputé pour ses vertus médicinales mais aussi pour chasser les mauvais esprits. Sorciers et marginaux s’y réfugient à l’écart de la civilisation qui les a rejetés. Les sept nains y bâtissent leur maison avant d’y accueillir Blanche Neige car la forêt est le lieu privilégié des contes. Les bois de Lacaune (entre Tarn et Aveyron) servent de cachette à l’enfant sauvage, retrouvé par des bûcherons à la fin du XVIIIe siècle.

Menaçante, mystérieuse, protectrice ou enchanteresse, la forêt reflète ce que l’homme porte en lui de bon et de mauvais, inconsciemment ou non.

En France, nulle mieux que la forêt de Brocéliande n’est capable d’exprimer cet univers ambivalent, hautement chargé de significations. La situer se révèle dès le premier abord bien délicat tant les théories se disputent sa localisation à partir de sources divergentes. Force pourtant est de reconnaître, et ceci depuis 1835, que la forêt de Brocéliande et celle de Paimpont sont un même et unique lieu. Située dans le département d’Ille-et-Vilaine, Paimpont connue dès les temps anciens par ses forges, utilisant le minerai de fer très présent dans son sous-sol ainsi que par son abbaye, fondée au VIIe siècle.

C’est tout autour de ce village que s’exerce la magie des lieux qui transporte les visiteurs au coeur des légendes celtiques arthuriennes. Comme l’écrit François-René de Chateaubriand, « qui dira le sentiment qu’on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde, et qui seules donnent une idée de la création, telle qu’elle sortit des mains de Dieu ».

À Brocéliande, le merveilleux ne cesse de se mélanger à l’Histoire et à l’enchantement de nos pensées. Peut-on y voir, au gré des symboles qui la peuplent, une résurgence de nos moeurs païens, lointain héritage celtique, que la morale chrétienne n’a pas complètement occultés ? N’est-elle pas l’incarnation naturelle, réelle ou inventée, d’une littérature intemporelle qui, de Chrétien de Troyes aux romantiques du XIXe siècle, a tracé au coeur de cette forêt un chemin initiatique qui nous mène sur les pas de Merlin, de la fée Viviane, des chevaliers de la Table ronde et de cette fascinante quête du Graal, recueillie en Grande-Bretagne par Raoul II de Gaël, au XIe siècle et qui fait encore recette comme une quête d’espérance. Tel est, dans cette ancienne terre sacrée des druides, plantée de hêtres et de châtaigniers, parsemée d’étangs et de rochers rouges, le savoir de Merlin l’enchanteur, courtisé par la fée Viviane parce que détenteur du pouvoir de garder l’homme éternellement amoureux. Viviane qui, pour le malheur du druide épris de sa beauté, l’enferma à jamais dans les neuf cercles d’une prison infranchissable. Trois grosses pierres scellent l’entrée de ce que l’imaginaire a voulu être son tombeau tandis que la fontaine de Barenton rappelle qu’en ce lieu, Viviane et Merlin se seraient rencontrés pour la première fois. Autant de symboles pour les passionnés de légendes celtiques, tel l’abbé Gillard, curé de Tréhorenteuc et féru d’ésotérisme, qui consacra dans les années 1940-1950 la restauration de son église à l’évocation fusionnelle des traditions celtiques et de la foi chrétienne, partant de la collecte de légendes encore vivaces dans la mémoire des Bretons pour créer un sanctuaire dédié à la quête du Graal.

Que ceux qui veulent franchir la porte de ces légendes se baignent dans l’étang du Miroir aux Fées, près du Val sans Retour. Ils y trouveront l’harmonie des temps premiers où l’Homme vivait en bonne intelligence avec la nature. Car « un pays sans légendes est un pays qui meurt de froid ».

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