Les mystérieuses gravures de la vallée des Merveilles
Dans le massif du Mercantour, à quatre-vingt kilomètres au nord de Nice, le mont Bégo (2300 mètres) domine de larges vallées parallèles orientées nord-sud, constituées de lacs, de forêts de mélèzes, d’affleurements rocheux et d’énormes blocs erratiques qui donnent à ce lieu un aspect mystérieux et envoûtant.
Quand, le 10 octobre 1718 avant notre ère, le soleil levant enflamme l’horizon, la lune, toute proche, semble l’attendre. Puis lentement, l’astre solaire se glisse derrière, obscurcissant la Terre et faisant chuter les températures. Au sommet du mont Bégo, les agriculteurs ligures observent le phénomène, à la fois craintifs et admiratifs.
Des générations que ces tribus examinent la course de la Lune et du Soleil dans le ciel. Des générations qu’elles gravent dans la pierre de ces vallées la conclusion de leurs expériences. Au point d’en faire un véritable observatoire astronomique ; une nomenclature de leurs connaissances cosmiques mais également un site d’adoration des divinités célestes mêlées à des images de leurs vies quotidiennes.
Aussi, les jours suivant cette éclipse annulaire du soleil, vont-ils s’ingénier à reproduire dans la roche leurs constatations, nous offrant des gravures rupestres par milliers qui ne cessent d’interroger les plus grands spécialistes. Des Merveilles de témoignages éparpillées sur une trentaine de kilomètres carrés pour nous dire leurs vies et leurs croyances. Incrustées dans la roche comme un grand livre ouvert au Ciel. Alliance de la fécondation des cultures par leurs dieux et de la fertilité de la Terre.
Dans ce décor dantesque, ce culte sacré est longtemps demeuré ignoré des hommes. Ce n’est qu’à la fin de la Renaissance, vers 1650, que l’historien Gioffredo en mentionne pour la première fois l’existence sans pour autant fournir une explication. Deux siècles plus tard, en 1879, le botaniste anglais Clarence Bicknell dresse une première liste de onze mille gravures. Le site est tellement prodigieux qu’il y consacre une grande partie de sa carrière comme d’ailleurs ceux qui lui succèdent sur le site. L’Italien Carlo Conti, entre 1942 et 1955, apporte des précisions sur la vie quotidienne et les coutumes des agriculteurs du Mont Bego. Quant au professeur Henri de Lumley et ses équipes d’archéologues, ils parviennent, de 1967 à 1998, à dresser, en dépit de la complexité d’interprétation, un inventaire des gravures et figures, estimées aujourd’hui à une centaine de milliers, faisant des vallées des Merveilles et de Fontanalba un site archéologique majeur en Europe.
Les gravures, qui s’étalent de 2400 av. J.-C. à 1700 av. J.-C. pour les plus nombreuses mais qui peuvent aussi remonter pour quelques-unes à l’époque romaine et jusqu’au Haut Moyen Âge, se répartissent en quatre groupes : les figures cornues font référence aux dieux de la fertilité comme le taureau ou le cerf ; des figures anthropomorphes, encore mystérieuses, laissent la part belle à de multiples explications ; les armes et les outils agricoles sont autant de témoignages de leur quotidien ; les figures géométriques enfin, conservent encore tous leurs secrets.
Le « chef de tribu », avec ses bras en croix désigne-t-il l’axe nord-sud ? La « roche du 6 août » décrit-elle la course du soleil durant une année ? Les cercles concentriques sur cette même roche désigneraient-ils la constellation du Capricorne ? C’est l’interprétation qu’en tire l’anthropologue Chantal Jègues-Wolkiewiez, dans les années 1990, voyant dans cette vallée des Merveilles, un centre d’interprétation astronomique mêlé certainement à un pèlerinage religieux voué à l’imploration des dieux, dont le sommet de l’impressionnant Mont Bégo devait être l’étape ultime… le lieu de consécration.


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