L’or disparu du château de Gisors
Gisors. Ce lieu, à lui seul, fait rêver tous les chercheurs de trésor et d’ésotérisme, férus d’histoire des Templiers. Comme à Rennes-le-Château, dans l’Aude, on a cherché, on a crû trouvé, on s’est souvent égaré dans des hypothèses fumeuses bien éloignées de l’Histoire sans toutefois jamais abandonner. Car, un trésor caché reste, par évidence, à découvrir.
C’est le raisonnement que dut se faire le journaliste Gérard de Sède quand, publiant son ouvrage Les templiers sont parmi nous en 1962, il lança cette chasse au trésor qui dure encore. Mais revenons au départ car, à Gisors, l’Histoire ne débute pas avec cette publication.
Simple motte castrale au XIe siècle, surmontée d’un donjon en bois, Gisors devient, un siècle plus tard, une forteresse composée d’une enceinte basse et d’un donjon en pierre. Jusqu’au milieu du XVe siècle, le château passera tantôt entre les mains des Anglais, tantôt entre celles de la couronne de France, qui finira par l’acquérir en 1590.
Situé près de Rouen, Gisors se compose d’un donjon octogonal de quatre étages, reposant sur une motte de vingt mètres de hauteur, cerclée d’une enceinte haute de dix mètres qui protège le donjon, le tout étant entouré d’un large fossé. Diverses constructions ont été édifiées lors des siècles suivants, notamment une Tour du prisonnier, sorte de petit donjon entouré de son propre système de défense.
Quel trésor Roger Lhomoy a-t-il mis à jour ?
Quand l’Histoire du château rejoint celle des Templiers ! Deux années durant, de 1158 à 1160, l’Ordre en assure la garde. Mais, ironie du sort, c’est dans un de ses cachots que leur grand chef, Jacques de Molay, sera incarcéré en 1314 avant d’être exécuté, suite à la décision de Philippe le Bel de dissoudre l’ordre et de s’emparer de leurs biens. Une trace indélébile qui contribuera, dès le XIXe siècle, à asseoir la présence d’un trésor enfoui sous la château, amplifiée par l’imagination populaire colportant rumeurs et légendes sur ce lieu.
Apparaît alors Roger Lhomoy. Nourri à la source des veillées du village, cet enfant du pays se met en tête, dans les années 1940, de se lancer à la découverte du trésor que les Templiers auraient évacué de Paris, la veille de leurs arrestations, le 12 octobre 1307, à destination d’un lieu secret où il n’arrivera jamais. Pour ce faire, il se fait embaucher par la municipalité, propriétaire du château, comme gardien du lieu, à charge d’en assurer l’entretien et l’accueil le jour. Aussitôt la nuit venue, libre de ses mouvements, le gardien se transforme en chercheur de trésor. Il fouille, Roger Lhomoy, recherche le moindre souterrain ou l’entrée d’une cave, creuse sans relâche pour finir par découvrir, à la fin des années 1940, l’entrée d’un puits bouché depuis plusieurs décennies. Parvenu à trente mètres de profondeur, au péril de sa vie – il a déjà été victime de l’écroulement d’une paroi qui lui a coûté une fracture de la jambe – le gardien tombe sur un mur lequel, une fois dégagé et ouvert, donne sur une vaste salle où, déclarera-t-il plus tard, se trouve la découverte de toute une vie :
« Ce que j’ai vu à ce moment-là, je ne l’oublierai jamais, car c’était un spectacle fantastique. Je suis dans une chapelle romane en pierre de Louveciennes, longue de trente mètres, large de neuf, haute d’environ quatre mètres cinquante à la clef de voûte. Tout de suite à ma gauche, près du trou par lequel je suis passé, il y a un autel, en pierre, lui-aussi, ainsi que son tabernacle. À ma droite tout le reste du bâtiment. Sur les murs, à mi-hauteur, soutenus par des corbeaux de pierre, les statues du Christ et des douze apôtres, grandeur nature. Le long des murs, posés sur le sol, des sarcophages de pierre de deux mètres de long et de soixante centimètres de large : il y en a dix-neuf. Et dans la nef, ce qu’éclaire ma lumière est incroyable : trente coffres en métal précieux, rangés par colonnes de dix. Et le mot coffre est insuffisant : c’est plutôt d’armoires couchées qu’il faudrait parler, d’armoires dont chacune mesure deux mètres vingt de long, un mètre quatre-vingt de haut, un mètre soixante de large. »
Entre occultisme et secret d’Etat
Que s’est-il véritablement passé ce jour-là ? Roger Lhomoy a-t-il vraiment découvert un trésor ou, affabulateur, a-t-il monté cette découverte de toutes pièces ? Car la suite est loin de combler ses espérances. Loin de garder pour lui son secret, il se précipite à la mairie pour révéler sa trouvaille. Enfin, la légende est devenue réalité ! Mais la délégation municipale qui se rend sur les lieux, ne daigne pas pénétrer à l’intérieur de l’excavation par crainte de ne pas en ressortir vivante tant les conditions de sécurité sont rudimentaires. Seul, un ancien officier du Génie s’y aventure sans parvenir au but, révélant toutefois que des pierres lancées dans la cavité ont provoqué « une résonance ».
Pour le maire de Gisors, qui considère Roger Lhomoy comme un excentrique, nul n’est besoin de pratiquer des recherches supplémentaires qui ne feraient que créer de l’agitation autour de l’éventuel trésor du château. Aussi fait-il reboucher l’entrée de la cavité afin que personne ne s’y aventure. Quant au gardien, c’est en vain qu’il alertera les autorités départementales pour faire reconnaître sa découverte et poursuivre les recherches. Le temps passe quand, en 1962, il raconte au journaliste Gérard de Sède son extraordinaire découverte et la fin de non-recevoir des autorités.
Jouant sur la trilogie « légendes templières, trésor mystérieux et intrigues », la presse nationale relaie l’information. Comme à Rennes-le-Château, Gisors devient le centre attractif des chercheurs de tout poil. Et comme personne ne trouve rien, chacun y voit la main secrète d’un complot visant à cacher ce trésor. L’affaire remonte même au gouvernement. Interpellé, André Malraux, ministre de la Culture, donne son accord pour effectuer des fouilles officielles. Des soldats du Génie débarquent à Gisors, creuse autour du puits jusqu’à vingt-neuf mètres de profondeur. De chapelle souterraine point ! Et de trésor encore moins !
Ces nouveaux épisodes finiront de jeter Gisors et son trésor dans les extrapolations de l’occultisme et du secret d’Etat avant d’aboutir, en fin de compte, à une impasse marquée par le décès de Roger Lhomoy, emportant son secret six siècles après celui de la disparition du trésor des Templiers.


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