Le rêve fou et inachevé des frères Réthoré

La folie, c’est l’extrême grandeur de l’esprit qui puise dans le rêve une volonté d’accomplissement ; une célébration du merveilleux et une sublimation de l’unique. Ce rêve, les frères Réthoré, Alphonse et Raymond, l’ont voulu de pierre, imprimé sur un promontoire dominant la campagne charentaise : quatre cents hectares de bois, de près et de vignes. Une ligne de bâtiments et de façades en trompe-l’œil, qui court sur deux cents mètres, perpendiculaire à un petit manoir du XIXe siècle, la Mercerie, acheté en 1924 à la famille Mesnaud de Saint-Paul, grâce à la générosité de leur oncle.

Leur rêve ne pouvait qu’être démesure. Il restera sans fin ; inachevé ; ruiné. Copie espérée d’un Trianon jamais aboutie.

Tandis qu’Alphonse surveille les travaux de leurs désirs architecturaux – ils dureront près de quarante années entre les années 1930 et 1970 et emploieront dans les années fastes près d’une vingtaine de personnes –  Raymond court la France et surtout l’Italie, à la recherche d’œuvres d’art pour meubler le nouvel édifice, employant un restaurateur italien à cet effet.

Pour les deux frères, la Mercerie sert peu à peu d’exutoire ; de fondement d’une vie loin du Monde ; d’apaisement. Surtout pour Raymond, entré en politique, devenu maire de Magnac et député de la Charente, ami du général de Gaulle. Leur Œuvre ne s’explique que dans cette volonté de solitude. Elle les mènera à la ruine… aux illusions perdues… à la mort qui viendra les cueillir en 1983 et 1986. Juste à temps pour ne pas la voir disparaître dans la tragédie d’une vente aux enchères, leurs dépouilles emmurées dans le château. Leur rêve enterré.

Depuis 1988, la Folie Réthoré appartient à un antiquaire parisien.

Département de la Charente. Magnac-Lavalette-Villars. Vingt kilomètres environ au sud d’Angoulême.

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