Attentat à Pont-de-Salars
Affaire Garcia et Fuentès
Cour d’assises de l’Aveyron, 2 décembre 1952
Les années suivant la Libération furent marquées par une nette recrudescence de la criminalité sur le département. En dehors des sordides assassinats qui endeuillèrent l’Espalionnais, plusieurs affaires défrayèrent la chronique, offrant plus d’une fois aux cours d’assises aveyronnaises la une des journaux. Ce n’était pourtant faute de faire preuve d’une extrême sévérité. Pas moins de sept condamnations à mort furent prononcées entre 1947 et 1952. Aucune ne fut exécutée.
Le 12 décembre 1946, Marcel Lopez, jugé pour une attaque à main armée à Cérons, suivie du meurtre de deux gendarmes à Capdenac, écopait de la peine maximale.
Un an plus tard, le 6 décembre, Melchior Bravo, l’assassin de madame Cabezon, à Decazeville, subissait la même peine par contumace.
Les jurés de la Cour d’assises de juin 1948 prononcèrent une double peine capitale pour Ballas et Martinez, les auteurs d’attaques à main armée dans les fermes de Mergieux et Bussanières, près de Najac.
L’année suivante, 31 mars 1949, à l’autre bout du département, Augustin Roustit n’obtenait aucune clémence des jurés. Le jeudi 12 février 1948, à Saint-Affrique, cet ancien tenancier de maison close, âgé de 65 ans, se querella avec son voisin, le chauffeur Ernest Canivenq. Roustit vit rouge. Il attendit la tombée de la nuit pour lui régler son compte.
Trois ans plus tard, au cours de la même session d’assises, deux hommes furent condamnés à mort par contumace dans deux affaires différentes.
Depuis la Saint-Jean de 1950, Jean Kiss était le berger de monsieur Martel, propriétaire à Ronnac, sur la commune de Flavin. Dans les derniers jours d’avril 1951, l’homme, originaire de Tchécoslovaquie, demanda à son employeur de lui régler le reliquat de ses gages sous prétexte d’une intervention chirurgicale qui le contraignait à quitter son service. Le paysan, qui n’avait qu’à se louer de ses services, en effectua le décompte et lui régla le solde de 33 500 francs.
-Le compte n’y est pas ! réagit vivement Jean Kiss. Il manque 10 000 francs. Ce n’est pas 68 700 d’acompte que vous m’avez donné le premier jour mais 58 700 francs.
-Tu n’auras pas un sou de plus ! répondit Joseph Martel.
Le ton monta. Le propriétaire ne voulut pas céder. Jean Kiss quitta la ferme, la rage au ventre. Le jour même, il confia à l’un de ses amis, mécanicien à Rodez, « qu’il ferait un malheur » si son patron ne lui rendait pas la somme litigieuse.
Le 3 mai 1951, dans la matinée, c’est un Jean Kiss passablement énervé qui se rendit chez André Koren, cordonnier au Vibal, auquel il confia sa mésaventure. Koren tenta de le calmer et lui conseilla plutôt de saisir la justice. Il se proposa même de le conduire à la gendarmerie de Pont-de-Salars pour lui servir d’interprète car Jean Kiss maniait très mal le français. L’ouvrier agricole refusa mais en quittant Le Vibal, sa colère semblait être retombée. Néanmoins, à la sortie du village, il prit la route qui mène à Ronnac. Son ancien patron se trouvait à la ferme. Il lui renouvela son désir de récupérer son dû. Joseph Martel campa sur sa décision. Rien ne le ferait changer ! Du reste, il s’éloigna. Le travail à la bergerie attendait.
Une heure plus tard, la domestique Angèle Cazottes pénétra en courant dans la bergerie où se trouvaient aussi Fernand Viguier et Alphonsine Malaval.
-Jean Kiss est là à roder autour de la bergerie. Il essaye d’écouter la conversation.
Joseph Martel estima que la comédie avait assez duré. Il se précipita à l’extérieur. Quand il aperçut Jean Kiss, il l’interpella vivement :
-Si tu veux écouter ce que nous disons, tu n’as qu’à rentrer dans la bergerie.
Jean Kiss fit mine de s’en aller. Le fermier le rattrapa. C’était un homme fort qui ne s’en laissait pas compter. D’une voix ferme, il lui intima l’ordre de ficher le camp de la ferme.
-Et que je ne te revois plus traîner par ici ! ajouta-t-il.
Joseph Martel regagna la bergerie dont il claqua la porte.
Une demi-heure environ après cet incident, la porte s’ouvrit brusquement sur Kiss. Dans sa main droite, il tenait un revolver. Joseph Martel et ses domestiques sursautèrent.
-Moi partir ce soir ; toi, Joseph, venir demain matin au tribunal ! cria-t-il d’une voix excitée.
Quatre coups de feu claquèrent dans la bergerie. Assis sur un tabouret à deux mètres du tireur, Joseph Martel n’eut pas le temps de réagir. Grièvement blessé, il se laissa tomber à terre et, dans un suprême effort, tenta d’échapper à son agresseur. Kiss, après avoir reculé d’un ou deux pas, tira deux autres coups de revolver. Puis il s’enfuit à toutes jambes en direction des bois environnant la ferme, en profitant de la surprise et du désarroi des assistants.
Atteint par cinq balles de revolver 6,35, Joseph Martel gisait dans une mare de sang. Ses domestiques se précipitèrent sur lui. Son pouls battait encore. Ils le transportèrent immédiatement à la clinique de Rodez. Par chance, aucun organe vital n’avait été touché. Ses blessures n’entraînèrent qu’une incapacité temporaire de quatre mois.
Malgré toutes les recherches et la diffusion d’un mandat d’arrêt diffusé à son encontre, le 8 mai 1952, Jean Kiss resta introuvable.
La cour d’assises de l’Aveyron suivit en 1952 les réquisitions du substitut Teillard et condamna Jean Kiss à la peine de mort par contumace.
Au cours de la même session, les jurés eurent à se prononcer sur une affaire vieille de cinq ans : l’attentat qui secoua la gendarmerie de Pont-de-Salars et brisa pas mal de vitres et de portes dans tout le village.
Après la guerre, la politique énergétique française avait été réactivée par la réalisation de plusieurs projets hydroélectriques mis en sommeil depuis 1939. L’Aveyron présentait de formidables atouts, notamment le Lévézou. Depuis plusieurs années, des études avaient été lancées dans les régions de Pont-de-Salars et de Salles-Curan. En 1947, la phase active débuta au barrage de Bages. L’entreprise Ballot avait obtenu le marché. De nombreux ouvriers étrangers, en majorité espagnols, débarquèrent à Pont-de-Salars. C’était des hommes durs à la tâche, sans attache, qui se déplaçaient au gré des chantiers de l’entreprise. Pour éviter de les mélanger à la population, on les parqua en retrait du village, dans des baraquements. Les autorités virent arriver d’un mauvais œil cette population étrangère qui traînait, selon la rumeur, une réputation sulfureuse. Maires et gendarmes étaient sur le qui-vive. Les curés, en chaire, conseillèrent au bon père de famille de surveiller leurs progénitures féminines. Le ver était entré dans le fruit, le Diable dans la place. Les bonnes mœurs de la population aveyronnaise menaçaient de disparaître, perverties par cette main d’œuvre de célibataires, grands buveurs et plus ou moins anarchistes, qui maniaient le couteau aussi bien que la truelle.
Le moindre vol ou la moindre altercation faisaient l’objet d’enquêtes et d’arrestations. Les amendes suivaient. Seuls, les cafetiers se réjouissaient de leur présence et des profits juteux qui remplissaient leurs tiroirs-caisses. Mis à l’écart, mal considérés, les ouvriers faisaient preuve entre eux d’une grande solidarité, surtout quand les cognes mettaient le grappin sur l’un de leurs camarades. C’est ce qui se passa, le 12 octobre 1947.
Ce dimanche-là, la communauté espagnole fêtait la Sainte-Pilar. L’occasion de s’offrir quelques libations en vidant chopine sur chopine jusqu’à nuit noire. Décidés à poursuivre la fête, quelques-uns décidèrent de défier le silence de la rue. Tapia, le premier, fut appréhendé sans ménagement vers 21 heures et conduit au poste. Une heure plus tard, Marcello Cuesta le rejoignit. Les gendarmes l’avaient cueilli dans la rue centrale, gueulant à tue-tête des chants espagnols. Entre-temps, la petite communauté espagnole avait eu vent de l’arrestation de leurs deux compatriotes. Ni une, ni deux, ils se dirigèrent vers la gendarmerie, l’envahirent et refusèrent de la quitter tant que Tapia et Cuesta n’en ressortiraient pas libres. Le ton monta. Les forces de l’ordre réussirent à repousser les manifestants à l’extérieur. Pour calmer le jeu, ils consentirent enfin à libérer les deux Espagnols, non sans leur avoir dressé procès-verbal pour tapage nocturne.
-On se retrouvera ! cria Cuesta en s’éloignant, le poing menaçant.
Considérant leur acte comme une victoire, le groupe de libérateurs décida de continuer la fête à l’hôtel Frayssinet où se déroulait un bal. Fuentès était parmi les plus excités. Quand son ami Garcia, après avoir déblatéré contre les pandores, lui proposa de se joindre à lui pour organiser un petit feu d’artifice devant la gendarmerie, il accepta sans hésiter.
Au chantier de Bages, une baraque de l’entreprise Ballot servait d’entrepôt d’explosifs. Garcia connaissait parfaitement les lieux. Pendant que Fuentès faisait le guet, il pénétra dans le baraquement dont la porte n’était pas fermée à clef. A l’aide d’une pioche, il fractura les cadenas assurant la fermeture des caisses contenant les cartouches de cheddite, les détonateurs et le cordon « Bickford ». Il n’avait plus qu’à se servir. Garcia connaissait le maniement des explosifs. Ce fut un jeu d’enfants de lier entre elles les cartouches de cheddite pour en faire un paquet cylindrique avant d’amorcer le tout à l’aide du détonateur et du cordon « Bickford ».
Ainsi munis de bonnes intentions, les yeux brillants de joie et d’alcool à la petite surprise qu’ils préparaient aux gendarmes, Garcia et Fuentès revinrent à Pont-de-Salars où ils attendirent que l’animation qui régnait dans les rues prenne fin. Vers 2 heures 15 du matin, ils se dirigèrent vers la caserne. Ils ne rencontrèrent pas âme-qui-vive. Aucune lumière ne filtrait à l’intérieur de l’immeuble. En quelques secondes, Garcia gravit les marches du perron. Il déposa le paquet d’explosifs devant la porte d’entrée. D’un geste vif, il alluma la mèche qui grésilla avant de s’enflammer. Trente secondes plus tard, une formidable explosion retentissait dans tout le village. En pyjamas, les Salarsipontains se précipitèrent dehors. La détonation provenait de la caserne. Les gendarmes, réveillés en sursaut, constataient déjà les dégâts. Deux marches du perron étaient brisées ; la balustrade de fer entourant le perron, arrachée ; la porte d’entrée à deux battants, défoncée ; quinze cadres de fenêtres étaient détruits ; cent trente-six carreaux avaient volé en éclat et les débris jonchaient le sol. A l’intérieur, quatre mètres carrés de plafond de l’escalier central étaient tombés. Le souffle avait aussi endommagé les immeubles voisins. A l’école publique, l’instituteur releva cinquante-quatre vitres cassées ; le presbytère, six. L’immeuble du docteur Amans et la pharmacie Soulié n’avaient pas échappé à l’attentat. Les préparations pharmaceutiques n’avaient pas résisté à la secousse. Placées sur une étagère, elles avaient été projetées au sol avant de se mélanger.
Les gendarmes n’eurent pas à chercher bien loin les présumés coupables. L’enquête se dirigea aussitôt en direction des envahisseurs de la veille. Les gendarmes les reconnurent les uns après les autres. A tour de rôle, les ouvriers Espagnols furent convoqués à la gendarmerie pour y être interrogés. Tous possédaient un alibi en béton. D’accord, ils étaient bien présents la veille à la gendarmerie. Mais, par la suite, ils étaient rentrés se coucher. Les ouvriers du baraquement pouvaient en témoigner. Face à cette solidarité et à la loi du silence, en l’absence d’indices matériels probants, les gendarmes ne purent rien obtenir de précis qui eut permis d’identifier certains des individus. Ils apprirent néanmoins, par la voix du chef de poste de l’entreprise Ballot qu’une caisse du dépôt d’explosifs au chantier de Bages avait été fracturée à l’aide d’un levier. Trois kilos cinq cents de cheddite avaient disparu ainsi que trois détonateurs et une certaine quantité de cordon « Bickford ».
Leur forfait accompli, les deux complices avaient détalé sans demander leurs restes. Arrivés aux baraquements, ils s’étaient rendus dans leur chambre respective. Avant de se coucher, Fuentès avait réveillé son ami, Joaquin Monléon.
-Avec Garcia, lui chuchota-t-il, on vient de faire péter la gendarmerie. Si les gendarmes t’interrogent, tu diras que nous sommes rentrés ensemble nous coucher aux environs de minuit.
A moitié endormi, Joaquim Monléon lui grogna qu’il tiendrait sa promesse. Ce qu’il fit quand les gendarmes l’auditionnèrent, le 15 octobre 1947.
Impuissante devant cette omerta, la justice n’oublia pas les incidents survenus la veille de l’explosion. Fuentès, notamment, qui passait pour l’un des meneurs, fut condamné par la cour d’appel de Montpellier à deux mois d’emprisonnement pour rébellion suivis d’un arrêté d’expulsion du ministre de l’Intérieur, en date du 25 mars 1948.
L’affaire était abandonnée quand, le 25 septembre 1950, trois ans après les faits, une surprise attendait les gendarmes. Sous le pont métallique de Pont-de-Salars, un habitant avait repéré un paquet suspect. Il contenait, enveloppé dans un exemplaire de journal, daté du 12 septembre 1947, trois charges d’explosifs détériorées. La relation avec l’attentat de la gendarmerie ne faisait pas de doute. L’enquête fut relancée. Les individus suspectés furent à nouveau interrogés. Quelques langues se délièrent. Camarade de travail de Fuentès et de Garcia, Juan Castillo avoua avoir fourni un faux-témoignage. Les deux individus avaient bien quitté la salle de bal une heure avant leur départ. Cuesta déclara de la même façon que lorsqu’il était allé se coucher, en même temps que Castillo, Lutgardo et Monléon, ni Garcia, ni Fuentès ne se trouvaient avec eux. A Nébian, où il avait élu domicile, Monléon confirma le faux-alibi d’Angel Fuentès et son implication dans l’attentat avec son compère Garcia.
Les gendarmes cueillirent Fuentès au barrage de Bort-les-Orgues où il travaillait comme manœuvre. Sa surprise fut totale. Devant les témoignages à charge qui s’accumulaient sur son dos, et en l’absence de Garcia, introuvable malgré les recherches, Fuentès vida tout son sac. Il était bien l’auteur du vol d’explosifs et de l’attentat contre la gendarmerie. Mais il refusa avec véhémence que lui soient attribuées les charges d’explosifs déposées sous le pont franchissant le Viaur.
Angel Fuentès passa en Cour d’assises, le 2 décembre 1952. Les débats s’ouvrirent à 9 heures, sous la présidence du conseiller Alauze, de la cour de Montpellier, entouré de MM. Lacombe et Lubac, respectivement président et juge au siège. Maître Maisonabe assurait la défense de Fuentès. Le visage maigre, les cheveux bruns crêpés, des yeux sombres au regard vif et intelligent, les lèvres minces et le nez busqué, vêtu d’un costume bleu marine, Fuentès entra dans le prétoire entouré de deux gendarmes. Il s’assit à sa place. A côté, la chaise demeurait vide. Malgré un mandat d’arrêt lancé à son encontre le 17 février 1951, les recherches pour retrouver Garcia étaient restées vaines.
Fuentès se dit que, ma foi, les absents avaient toujours tort. Sa défense consista d’abord à mettre sur le compte de l’alcool, sa terrible décision.
-J’étais ivre, Monsieur le Président. Je ne me suis pas rendu compte de ce que nous faisions, avoua-t-il d’une voix assurée.
Puis il chargea son complice Garcia.
-C’est lui qui a eu l’idée de l’attentat. Le vol, la confection de l’explosif et son placement sur le perron de la gendarmerie, tout a été manigancé par Garcia. Moi je n’ai servi qu’à faire le guet.
Le président s’étonna de l’audace avec laquelle la trentaine d’hommes avaient envahi la caserne. Il mit en balance la tranquillité des braves citoyens et l’exubérance de quelques énergumènes qui perturbent la vie paisible d’un village.
Sur sa chaise, Fuentès baissa la tête. Devant les jurés, il regretta son geste et se défendit d’avoir été guidé par la moindre pensée de vengeance.
-Je me suis laissé entraîné, conclut-t-il.
A la barre, les témoins renouvelèrent leurs propos. Cuesta avoua que le petit groupe avait bu plus que de raison. Il déclencha même quelques rires dans la salle quand il dévoila son état d’ébriété au président.
-Pas au point de tomber par terre, mais pas mal tout de même !
Monléon confirma son faux-témoignage.
Suspendue à 12 heures, l’audience reprit à 14 heures.
Le substitut Teillard prononça un réquisitoire sans concession. Pour un acte de vengeance à l’égard des gendarmes de Pont-de-Salars qui avaient accompli leur devoir en faisant respecter la loi française, face à la manière dont les Espagnols remerciaient la France de les accueillir et de leur fournir du travail, il demanda une peine de travaux forcés qui ne devait pas descendre au-dessous de quinze ans.
-Fuentès, Messieurs les jurés, est plus qu’un complice. Il est le co-auteur de l’attentat !
Maître Maisonabe prit la parole. Sa plaidoirie consistait à atténuer les faits reprochés à Fuentès.
-Une histoire navrante dans laquelle mon client, un soir de fête et d’ivresse, a gâché une vie jusque là exemplaire.
-Troisième enfant d’une famille qui en comptait six, Angel Fuentès naquit à Madrid, le 12 mars 1924. Après la mort de son père, il s’engagea en 1943 dans la Légion espagnole qui stationnait au Maroc. Au mois de novembre 1944, Fuentès déserta et, du Maroc espagnol passa dans le Maroc Français pour s’y engager dans la Légion étrangère. Un an plus tard, il était démobilisé à Toulouse. Successivement, il travailla pour le compte de plusieurs entrepreneurs dans les Landes, les Pyrénées et la Savoie pour venir, en 1947, à Pont-de-Salars où l’avait embauché l’entreprise Ballot. Une vie aventureuse, certes, mais en tout point honnête jusqu’au triste événement de 1947 !
L’avocat ruthénois tenta ensuite d’effacer l’idée dans l’esprit des jurés que Fuentès se déchargeait lâchement sur Garcia.
-Fuentès ignorait où se trouvait Garcia et n’avait donc pu organiser ses déclarations en fonction de cette absence, conclue-t-il en demandant au jury d’écarter une peine de travaux forcés.
Après une longue délibération, les jurés suivirent la plaidoirie de l’avocat de la défense. La Cour condamna Angel Fuentès à huit ans de réclusion à laquelle s’ajoutèrent vingt ans d’interdiction de séjour.
Le lendemain, le cas de Garcia fut abordé à la barre. Jugé par contumace, l’Espagnol en cavale fut condamné à la peine de mort.
Quelques jours avant l’attentat de Pont-de-Salars, une explosion avait fait les gros titres de la presse nationale. C’est que l’homme visé n’était pas n’importe qui. Paul Ramadier était alors Président du Conseil. En ce mois d’octobre, il mettait la dernière main à sa liste municipale en vue d’être réélu à la mairie de Decazeville. Ce 5 octobre, une réunion électorale assez orageuse s’était tenue dans la cité minière. Un ancien député socialiste de Bordeaux, M. Gillet, était venu porter la contradiction à l’ancien ministre communiste, Lecœur. Certains esprits s’échauffèrent.
Le Président Ramadier avait quitté depuis plus de deux heures la ville et roulait vers Paris quand une explosion de faible puissance éclata contre le mur de clôture de sa maison particulière. Rien de bien grave en vérité mais qui fit, les jours suivants, la une des grands quotidiens. Le lundi, sur sept colonnes, les journaux du soir étalaient la sensationnelle nouvelle : « Attentat contre M. Ramadier » ; « Provocation à Decazeville » écrivait l’Humanité ; « Qui a voulu faire peur à M. Ramadier ?», s’insurgeait Combat.
Apprenant la nouvelle à son arrivée à Paris, Paul Ramadier esquissa un sourire. Il en avait vu d’autres dans son fief decazevillois.
-Ce sont là les inconvénients du métier. Mais ça ne doit pas être bien grave, rassura-t-il ses conseillers.
La sagesse aveyronnaise avait ramené l’affaire à de plus justes proportions.


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