La légende de Notre-Dame de Roucayrol
Dans le Ségala, la chapelle de Notre-Dame de Roucayrol, sur la commune de Saint-Just-sur-Viaur au lieu-dit « Le Sérayet », fut autrefois un haut lieu de pèlerinage. Située à la frontière de l’Aveyron et du Tarn, elle attirait avec la même dévotion les paroissiens des deux départements.
D’après divers témoignages, lors du pèlerinage de mai dit « de l’Aveyron », environ cinq cents personnes venues d’une quinzaine de villages environnants se rendaient à pied à la chapelle. Le curé, drapé de ses habits d’apparat, ouvrait la marche. Les jeunes filles habillées de blanc et les garçons suivaient, portant la croix et les bannières richement décorées. Les pèlerins fermaient la marche, et l’on chantait tout au long du trajet les louanges de Notre-Dame.
Le même cérémonial avait lieu le lundi de Pentecôte, mais cette fois ce sont les Tarnais (trois cent cinquante à peu près) qui venaient célébrer Marie pour le pèlerinage dit « du Tarn ».
Après la messe, on pique-niquait joyeusement à l’ombre des marronniers entourant la chapelle. Car derrière la longue file des pèlerins, les charrettes transportant les victuailles avaient suivi la procession. Les joies de l’esprit n’empêchent nullement celles du corps, d’autant que cette longue marche avait dû aiguiser les appétits !
Si ces pèlerinages attiraient autant de monde, c’est que l’on attribuait à Notre-Dame des guérisons miraculeuses. Elle était censée « guérir de la peste, de la petite vérole et des fièvres. Maintenant, on l’invoque surtout pour guérir les enfants de l’incontinence d’urine ; mais également pour protéger les récoltes de la grêle et faire venir la pluie en période de sécheresse. »
De nos jours, trois pèlerinages (en mai, juin et septembre) attirent toujours de nombreux paroissiens venus des deux départements. Dans la petite chapelle, retentissent alors à nouveau les cantiques louant Notre-Dame et aujourd’hui comme hier, à la fin de la messe, tous viennent baiser les pieds de la statue de la Vierge que leur tend le curé, devant l’autel surmonté d’un magnifique retable.
Mais vu le nombre de voitures stationnées au bord de la route, il est évident que ce n’est plus à pied que les pèlerins viennent saluer leur chère Dame de Roucayrol…
La légende qui suit nous a été racontée dans les années 1995 par les habitants du Sérayet. Elle est consignée aux Archives de l’Aveyron et dans une chapelle latérale. Un tableau très ancien représente cette miraculeuse apparition. En fond de toile, sont gravés ces deux mots : « Fundator ecclesios ».
La vierge et le chevalier à la rose
C’est sur le mamelon, aujourd’hui surmonté d’une croix de pierre posée sur un rocher en plein champ à l’entrée du Sérayet, que le chevalier de la légende s’était retiré pour prier. Il partait rejoindre l’armée de la première « Croisade contre les Albigeois » lancée par le pape Innocent III dans tout le Languedoc afin de combattre les hérétiques cathares ».
(Rappelons juste pour mémoire que cette croisade n’était pas dirigée contre les habitants d’Albi, qui étaient en grande majorité catholiques. C’est l’Église qui surnomma à cette époque « Albigeois » tous les Cathares, ce qui prête souvent à confusion !) Mais revenons à la légende :
« Le chevalier était plongé dans ses prières, demandant à la Vierge Marie de le protéger des nombreux dangers qui l’attendaient. Il venait de faire le voeu d’élever une chapelle en son honneur s’il rentrait sain et sauf de la croisade, lorsqu’une grande lumière l’environna. Ébloui, il leva les yeux et aperçut une belle dame brune dont la longue chevelure était à demi-cachée par un voile bleu. Elle souriait en lui offrant une rose rouge et il reconnut aussitôt la mère du Christ. Elle s’adressa à lui avec bonté :
« Chevalier, pars rassuré dans ta lutte contre les hérétiques. Tu es désormais sous ma protection, et je puis t’assurer que tu reviendras sain et sauf de la Croisade. Mais je te demande, lorsque tu rentreras de ta mission, de ne pas oublier ta promesse et d’élever ici une chapelle qui me sera dédiée. »
Reconnaissant, le chevalier promit de lui obéir et elle le bénit avant de disparaître. Il emporta la rose contre son cœur et partit rejoindre l’armée des Croisés. Il combattit vaillamment les hérétiques sans être blessé, échappa miraculeusement à de nombreux dangers et dès son retour, en gage de reconnaissance envers sa protectrice, il décida de tenir sa promesse.
Les maçons, les charpentiers et les couvreurs amenèrent sur le mamelon les matériaux nécessaires à la construction de la chapelle. Mais quand ils revinrent le lendemain, leur stupeur fut grande : les pierres, poutres et ardoises avaient disparu. Ils se mirent à leur recherche et les découvrirent en contrebas, à mi-pente de la colline exposée au sud, au-dessus de la rivière du Viaur.
Le chevalier ordonna aux artisans de remonter les matériaux. Le lendemain, ils étaient redescendus au même endroit, à flanc de colline. Cela se répéta plusieurs fois et le chevalier comprit alors que Notre Dame lui signifiait sa volonté de voir la chapelle édifiée à cet emplacement. Il s’inclina donc devant la volonté divine, et les travaux purent se poursuivre sans plus aucun problème. »
La petite chapelle allait devenir un lieu de pèlerinage réputé, ainsi qu’en témoigne un texte du XIVe siècle retrouvé dans les archives de l’église de Moularès. Et la dévotion des fidèles ne faillira jamais au cours des siècles, même dans les heures tragiques vécues par le clergé catholique au moment de la Révolution. Les prêtres cachés dans les alentours chez des paroissiens continuèrent à y célébrer des messes au risque de leur vie, en dépit de l’interdiction qui leur en était faite à cette époque.
Autour de la chapelle, au printemps, la pelouse est parsemée de violettes car dans le Ségala, cette fleur symbole de modestie était traditionnellement dédiée à la Vierge Marie. Mais en souvenir du chevalier et de la rose qu’elle lui offrit, les fidèles ont pris l’habitude de remercier et de rendre hommage à Notre-Dame en déposant des roses rouges dans la chapelle ainsi qu’au pied du petit oratoire abritant la statue de deux mètres qui la surplombe.


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