Le triple assassinat de la Bessette. 1952

Quel drame encor épouvantable
Attriste le Nord Aveyron
Malgré son renom enviable
Et ses mœurs qui sont un fleuron,
De ce beau pays
Charmant paradis.
Mais une main diabolique
A frappé sur ce coin béni,
Dans ce Rouergue touristique
Où l’art se trouve à l’infini…
Dans la ferme de la Bessette
Commune de Bessuéjouls
Vivaient à la bonne franquette
Dignes comme des capitouls
Trois cultivateurs
Au cœur plein d’ardeur
Sur le penchant d’une colline
Ils travaillaient en vrais terriens
Eux dont la vie on le devine
Etait celle de leurs anciens
Menant une dure existence
Pour faire face à leurs malheurs
Remplaçant celle dont l’absence
Brisa leurs espoirs et leurs cœurs
Car les pauvres vieux
Ne pensaient que mieux
A leur vaillante fille morte
Qui laissait un petit bébé
Au gendre de santé peu forte
Qu’un « sana » leur a dérobé
Mais l’implacable destinée
S’acharne sur ces malheureux,
Anéantit la maisonnée
Par ce qu’il y a de plus affreux
Triple assassinat
Sur elle s’abat
Depuis que règne la débauche
La paresse est mère du vol
Et quand plus d’argent n’est en poche
C’est le crime sur notre sol.
C’est ainsi qu’une nuit dans l’ombre
Un mystérieux assassin
Dont l’âme est encore plus sombre
Se faufila dans le ravin
Voici ce que fit
L’odieux bandit
Le 18 février à l’aube
Il guettait, et cruel vautour
De son abri qui le dérobe
Il frappa d’un coup fort et sourd.
Dans l’obscurité de l’étable
Se cachait l’affreux criminel
Prêt à bondir, le misérable
Sur le paisible Abel Maurel
Portant bien vaillant
Soixante-seize ans,
Sur le seuil de la vieille porte
Un traditionnel guet-apens :
La mort, le vol, le feu, qu’importe
C’est un crime encor des plus grands.
Près de la porte de l’étable
Git affreusement mutilé
Ce pauvre vieillard très affable
Au sol le visage accolé
Baignant dans son sang
Couché sur le flanc
Alors ce fut le tour des femmes
De payer leur triste tribut
Et ce bandit des plus infâmes
Poursuivit son sinistre but.
Il s’introduit dans la cuisine
Trouve la femme près du feu
Mais avant qu’il ne l’extermine
A Genoux semblant prier Dieu.
Tenant des genêts
Devant les chenets
Elle tomba sous la même arme
A son tour baignant dans son sang
Sans pouvoir donner nulle alarme
Elle s’afaissa sur le champ !
Dans une nouvelle hécatombe
La fille malade en son lit
A son tour voit s’ouvrir la tombe
D’effroi tremblante elle a pâli
Pour le chenapan
L’abattre est son plan
Tandis qu’elle appelle sa mère
Elle subit le même sort
De cette brute sanguinaire
Semant l’effroi, semant la mort.
Du sang gicle sur le visage
De ce bandit, de ce fainéant
Qui se livre ensuite au pillage
Pour trouver quelque peu d’argent
Vivant dans l’horreur
La crainte et la peur
Il voit enfin l’aube apparaître
C’est pour lui le moment de fuir
Emportant quelques sous peut-être
Et le remords pour l’avenir.
Le triste sire a pris la fuite
Après son horrible forfait
La police est à sa poursuite
Mais le criminel se soustrait
Comme tout bandit
Que chacun maudit
On a beau adresser des lettres
Au ministre de l’intérieur
Les bandits sont comme des spectres
Répandant la mort, la frayeur.
Mais dans sa fureur homicide
Soit par le fer et par le feu
Autour de lui faisant le vide
Ne craignant ni juge, ni Dieu
Il décide alors
De brûler les morts
Seul moyen de cacher ses crimes
L’infâme bourreau sans aveu
Poursuit encore ses victimes
Dans un geste a recours au feu
Soudain de la ferme voisine
Une fumée âcre montait
Qui sur le flanc de la colline
De la grange en feu s’échappait.
L’alarme aussitôt
Parvint du coteau
Et sitôt les voisins accourent
Afin de sauver le bétail
Ils s’empressent avec bravoure
L’un d’eux pousse le vieux portail
Mais il bute sur un cadavre
C’est celui du père Maurel
Spectacle horrible qui vous navre
Et qui n’a rien de naturel
Le crâne enfoncé
D’un pc acéré.
Tel le mystérieux « masque rouge »
Qui répandit tant la terreur
De peur, le paysan ne bouge
Tout effrayé dans sa torpeur.
Que de meurtres et que de drames
Depuis la libération
Sont l’œuvre d’êtres infâmes
Qui n’ont plus de religion
Comme un animal
Sans soucis du mal
Ils n’ont plus de conscience
Pour leur parler du droit divin
Mais ils ont du mal cette science
Dont ils n’ont pris que le venin.
Vous qui jetiez belle semence
Dans la terre de vos aïeux.
Modestes paysans de France
Votre âme s’est envolée aux cieux
Dieu vous vengera
Quand l’heure viendra
Mais cette rude et vieille terre
Que l’on déserte à tout moment
Vous sert maintenant de suaire
Au père à la fille et maman.
Paroles de Joseph Vaylet. Air de La Paimpolaise. Editeur inconnu. Source Reine et Yves
Carcenac.


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